« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Côte d’Ivoire – La crédibilité de la CPI à l’épreuve de la crise ivoirienne

Les récentes sorties médiatiques de deux membres du gouvernement ivoirien posent à nouveau la question de la comparution de l’ex-chef d’état ivoirien Monsieur Laurent Gbagbo devant la cour pénale internationale. Selon. Le ministre des Droits de l’Homme et des Libertés Publiques, «un transfèrement de l’ex-Président, Laurent GBAGBO à la Haye serait à l’étude » Ce transfèrement, selon lui « faciliterait le processus de réconciliation ». Dans le même registre, le premier ministre ivoirien déclarait « La guerre qui a eu lieu en Côte d’Ivoire est finie. Ceux qui doivent répondre devant la justice répondront devant la justice. Je lis dans les journaux .Il faut libérer Gbagbo pour qu’il y ait la réconciliation. Mais arrêtons! », a-t-il déclaré lors d’une cérémonie à Bouaké : «Faites la repentance et dites aux Ivoiriens ce que vous avez fait contre eux », a-t-il poursuivi à l’adresse des pro-Gbagbo.»
Visiblement cette course de vitesse engagée par le gouvernement ivoirien aurait pour but de dépassionner le débat à la veille des élections législatives prévues le 11 Décembre 2011. Des arrières pensées de politique intérieur seraient donc à la base de cette subite accélération du gouvernement Ouattara La CPI ne devrait cependant pas se laisser embarquer dans cette course à l’échalote si elle ne veut pas voir sa crédibilité sérieusement entamée. Les opposants d’Allassane Ouattara ont cru déceler dans cette agitation gouvernementale une tentative d’instrumentalisation de la CPI par le gouvernement ivoirien.
A propos de la crise ivoirienne, le procureur de la CPI,M Luis Moreno-Ocampo avait demandé en juin dernier, l’autorisation des juges pour diligenter une enquête impartiale sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre commis en côte d’ivoire depuis la dernière élection présidentielle, le 28 novembre 2010. l
Effectivement et pour faire suite à la requête du procureur, la CPI a enquêté en côte d’ivoire et remis un rapport intitulé « SITUATION IN THE REPUBLIC OF CÔTE D’IVOIRE ». La version publique de ce document est consultable en ligne à l’adresse suivante : http://www.icc-cpi.int/iccdocs/doc/doc1223025.pdf

Les juges de la CPI ont sélectionné des faits classés comme des atteintes graves aux droits humains.

Sur un ensemble de 655 victimes interrogées, 567 ont déclaré faire partie du lot concerné par les violences de l’après 28 novembre. Lorsque les juges se sont penchés sur les auteurs de ces crimes il est apparu très clairement que les hommes de Ouattara ont été les responsables des violences sur 3/4 de cette population et les hommes de M. Gbagbo sur 1/4.
Les juges se sont aussi penchés sur les le cas des victimes de la période antérieure au 28 novembre 2011. La responsabilité des hommes de messieurs Ouattara et Soro est presque totale dans ce dernier cas de figure. 68% attribuée aux hommes de M. Ouattara, 28% aux hommes de Guillaume Soro et 4% aux hommes de Gbagbo.
Au regard de ce document, les trois principaux responsables des crimes contre l’humanité perpétrées en côte d’ivoire ces dernières années, sont clairement identifiés. Messieurs Allassane Ouattara, Guillaume Soro et Laurent Gbagbo.
S’il s’agit de punir ceux qui ont été sur le terrain alors ce sont les chefs militaires qui ont fait exécuter les ordres de barbarie qui devront être recherchés et poursuivis. Mais si à l’inverse ce sont les hauts responsables politiques qui devront répondre, alors les trois cités nommément par le rapport de la CPI devraient être tous convoqués par la CPI.
Messieurs Ouattara et Soro guillaume peuvent s’appuyer sur leur logique de « justice des vainqueurs » en côte d’ivoire, mais on ne voit pas vraiment pourquoi la CPI prendrait le risque de se décrédibiliser en les suivant dans cette logique et surtout après avoir rendu publique ce document.

Publié par rpicault in lepost.fr

Mon, 03 Oct 2011 12:33:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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