Le Conseil constitutionnel, quant à lui, par la voix de son président Paul Yao N’Dré, s’apprêtait à proclamer hier la victoire de l’ex-adjoint du président du FMI annulant par la même occasion la première décision qui a plongé le pays dans une crise postélectorale avec les conséquences dramatiques que l’on sait. On se demandait par quelle alchimie il pourrait se dédire pour en arriver à cette décision. Qu’à cela ne tienne, elle vaut son pesant d’or d’autant plus qu’elle ajoute de la légalité à la légitimité du nouvel élu.
C’est dans ce contexte que le nouveau régime s’affaire en grande pompe et à grand renfort de publicité à l’investiture du mari de Dominique Ouattara à Yamoussoukro le 21 mai prochain. Sans doute ce dernier mettra à contribution son carnet d’adresses, reconnu très fourni, pour réunir des sommités du monde en vue de confirmer sa stature d’homme d’Etat. Mais si 3 semaines après la chute de son prédécesseur, le docteur en économie a pu avoir sous son contrôle ses ennemis toujours à l’intérieur du pays mettant certains en résidence surveillée, on ne peut pas en dire autant de ceux qui ont pu franchir la frontière.
Nombre d’entre eux ont été accueillis armes et bagages chez le voisin de l’Est, le Ghana. Il se trouve que, sous prétexte de neutralité, ce dernier s’était illustré très tôt pendant la crise en se désolidarisant des autres pays de la CEDEAO qui menaçaient de faire respecter la voix des urnes à la canonnade, arguant n’avoir pas assez d’hommes en treillis à exporter. Cela lui avait valu naturellement les soupçons du camp Ouattara de rouler pour l’usurpateur.
Comme pour confirmer les allégations, le pays de Kwamé N’Kruhma donne aujourd’hui gîte et couvert aux pontes de l’ancien régime ivoirien : le président du Conseil constitutionnel, Paul Yao N’Dré, qui a ouvert la boîte de Pandore, le président de l’Assemblée nationale, Ali Koulibaly, la seconde épouse du célèbre prisonnier de Korogho, Nadi Bamba ; le chef des miliciens patriotique pro-Gbagbo, Blé Goudé, et nous en oublions. Selon certaines sources, des responsables civils et militaires exilés dans ce pays multiplient les rencontres et ne désespèrent pas de reconquérir le pouvoir par la force.
C’est certainement ces nouvelles alarmistes qui ont conduit le Premier ministre ivoirien, Guillaume Soro, à effectuer une visite de courtoisie au président Ghanéen, John Atta Mills, le lundi 4 mai à Accra. Officiellement il est allé lui remettre une invitation du Président Alassane Dramane Ouattara à assister à son investiture mais n’a pas manqué d’exprimer ses inquiétudes face à la présence massive au Ghana de ceux qui ne se feraient pas prier pour rendre la monnaie au nouveau régime.
Comme il est de coutume dans ce genre de rencontres, le langage diplomatique a été utilisé, Soro ayant reconnu la neutralité d’Accra tout en niant les allégations selon lesquelles ce dernier a envoyé des mercenaires aux côtés de l’enfant terrible de Mama, et Atta Mills ayant dit ce que voulait entendre son hôte : “Nous sommes pareils, donc tout ce qui se passe en Côte d’Ivoire nous affecte au Ghana. Nous ne voulons pas qu’un mal arrive à la Côte d’Ivoire. Cela aurait d’énormes répercussions sur nous”. Des assurances qui n’ont pas convaincu certains médias à Abidjan, dont le nouveau Réveil qui titrait à sa une hier : “Du Ghana un coup d’Etat se prépare”.
Selon ce journal, “alors qu’ils disent reconnaître Alassane Ouattara comme président de Côte d’Ivoire, des cadres du LMP multiplient des réunions politiques et militaires à Accra”. Le camp Ouattara dont son Premier ministre, ex-chef de la rébellion, Guillaume Soro, ne peut qu’avoir une crainte légitime. Ces derniers savent mieux que quiconque que si une base arrière est donnée à leur ennemi à l’Est comme ils en ont d’ailleurs bénéficié au Nord, leur sommeil ne peut qu’être troublé.
Cela dit, on se demande bien si le Ghana, pays stable et exemplaire en matière de démocratie, peut s’adonner à ce jeu périlleux, d’autant que c’est sûr qu’une telle tentative au moment où Abidjan cherche toujours ses repères ne pourrait qu’embraser la sous-région. Accra peut-il se mettre à dos la Communauté internationale qui a soutenu à bout de bras ADO ? Rien n’est moins sûr. Vivement que tous participent à l’effort de réconciliation pour que tous y gagnent.
Abdou Karim Sawadogo in afriscoop.net
Fri, 06 May 2011 01:27:00 +0200
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