« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Côte d’Ivoire: Ouattara au pied du mur pour apaiser un pays meurtri

Mettre fin aux exactions, réformer une armée désorganisée et divisée: aux commandes depuis deux mois, le président ivoirien Alassane Ouattara est condamné à relever le défi de la sécurité pour apaiser un pays meurtri.
Pour l’ONU et des ONG comme Human Rights Watch et Amnesty International, le constat est le même: malgré la fin de la crise post-électorale (3.000 morts de fin novembre 2010 à mai 2011), et même si la normalisation progresse, les exactions continuent.
L’interpellation est d’autant plus pressante pour Alassane Ouattara, élu par les urnes mais installé à la présidence après dix jours de guerre dans Abidjan, que les Forces républicaines (FRCI) qui l’ont porté au pouvoir sont souvent montrées du doigt.
"Faut-il brûler les FRCI?", interrogeait d’ailleurs cette semaine le quotidien Nord-Sud, proche du nouveau pouvoir.
La question, provocante, en dit long sur l’embarras des autorités: responsables de pillages massifs, de racket et parfois accusées de représailles contre de présumés partisans du président déchu Laurent Gbagbo, arrêté le 11 avril, les FRCI assument actuellement l’essentiel des tâches liées à la sécurité.
De nombreux membres des ex-Forces de défense et de sécurité (FDS) de l’ère Gbagbo, policiers et gendarmes en particulier, tardent en effet à reprendre leur place, dans un pesant climat de méfiance, même si seule une poignée d’irréductibles avait choisi de risquer sa peau pour Laurent Gbagbo.
Pour l’heure, la remise à plat de la sécurité se focalise sur le sort des anciens "com-zones", ces chefs de la rébellion nordiste de 2002 du Premier ministre Guillaume Soro, devenus les cadres des FRCI et les visages de la victoire.
Seigneurs de guerre régnant en maîtres dans le Nord, Wattao, Chérif Ousmane et les autres se sont rapidement partagé le contrôle d’Abidjan. Ils sont désormais à la croisée des chemins.
"Ouattara a commencé à recevoir secrètement les chefs de guerre" pour connaître leurs intentions, indique à l’AFP une source diplomatique ouest-africaine. Objectif: les reconvertir dans l’armée ou la politique, par exemple à la faveur des législatives prévues en fin d’année.
Le chef de l’Etat "est prêt à beaucoup, y compris financièrement, pour les voir quitter Abidjan" avec leurs hommes en armes, ajoute la même source.
Mais au-delà, l’armée est à refondre entièrement. Un chantier titanesque après une décennie de crise politico-militaire conclue dans le sang.
Avec un préalable: FRCI, combien de divisions? Le recensement des éléments, pour l’essentiel dans la capitale économique, a dû être prolongé: après la victoire les effectifs ont semble-t-il nettement gonflé. Ils se situeraient entre 10.000 et 20.000 hommes.
Quant aux ex-FDS, elles comptent environ 50.000 hommes, des effectifs jugés déjà pléthoriques eu égard au budget.
Fusionner en garantissant un équilibre entre les frères ennemis d’hier, remettre de l’ordre dans les grades alors que les "commandants" ont fleuri côté FRCI, et trouver une porte de sortie pour les recalés: pour cette mission très coûteuse et sensible en pleine consolidation du régime, le pouvoir en est au stade des premières réflexions.
"Rien n’est tranché", souligne une source proche du dossier. A commencer par le nom du nouveau chef d’état-major.
Or, il y a urgence, avertit un responsable militaire occidental: "s’il réussit, Ouattara met les chances de son côté pour mettre en oeuvre son programme", relancer une économie cassée et – plus difficile encore – panser les plaies après l’explosion des haines.

AFP

Fri, 17 Jun 2011 13:55:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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