« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Crise au CRI-Panafricain : La lettre ouverte de Kirman Gnahoré à Abel Naky

A notre très cher Camarade,

Toute vie humaine quelle qu’elle soit a des règles, il en va de même des organisations à but non lucratif. Ces structures telles que conçues, ressemblent fort bien à une famille dans leur structuration et surtout à un modèle réduit de la société, structures qui, toutes obéissent à des règles de fonctionnement qui présupposent le respect d’un certain nombre de conduites. Il y a dans ces différents microcosmes, des entités, celles qui la représentent au plan légal d’une part, ainsi que des organes qui la structurent et permettent sa marche en avant. En notre connaissance, c’est ce qui a permis que vous soyez le coordinateur du CRI-PANAFRAICAIN, mouvement de résistance africain, qui mène le combat de la libération de la Côte d’ivoire et par ricochet celui du continent africain. Les impératifs du combat qui nécessitent qu’une personne s’exprime au nom de la structure et en soit le coordinateur ont porté sur votre personne les espoirs de tous ceux qui croient en la nécessité de cette lutte. C’est en cette qualité que vous avez mené le CRI, organisation à laquelle bon nombre de personnes éprises d’espoir et de liberté ont adhéré. La coordination tournante de trois mois qui s’inscrit dans nos chartes et statuts, ont récemment porté à la tête de la structure un nouveau coordinateur. Pendant que le navire ivoire tangue dans des flots troubles miné qu’il est par une rébellion aux desseins horribles, un devoir d’unité s’impose afin de mener à bien cette tache. C’est pourquoi, les rumeurs assourdissantes d’une brouille avec notre camarade Willy Bla desservait la lutte que nous menons, car vous êtes deux animateurs de la résistance patriotique qui ont su porter la cause des affligés. L’enthousiasme avec laquelle le nombreux public a accueilli lors de notre déplacement à la Haye votre réconciliation témoigne de tous les espoirs que vous portez et de la nécessité de mener la lutte en rang serré. Nous saluons cet esprit de sagesse qui a prévalu en cette circonstance, la main tendue de Willy Bla que vous avez acceptée est pour beaucoup source d’espérance. Cependant, les dernières évolutions des faits nous montrent que ce vœu pieu de cohésion et de paix nécessaires à notre lutte n’est que pure chimère. Nous en voulons pour preuve votre absence lors des manifestations de résistance. Nous constatons que l’idée de faire cavalier seul vous inspire. C’est votre choix que nous respectons, comme en témoigne les manifestations parallèles que vous entendez organiser. Si nous respectons ce choix, il est nécessaire de vous rappeler que le combat que nous menons mérite que quelques règles de discrétion soient observées de notre part. Cependant, vous avez exposé dans la presse des images de votre passage au Ghana en compagnie de quelques acteurs de la crise, chose qui leur porte aujourd’hui préjudice, sachant que des manouvres sont entreprises auprès du Président ghanéen Atta Mills par le pouvoir Ouattara afin de troubler leur quiétude. Il convient de rappeler que pendant que les femmes patriotes organisent le 8 une levée de fonds et reçoivent divers dons, vous comptez lancer le 7 octobre, une opération qui se veut ouverte à tous en vendant des films vidéos au mépris de la loi 1901 et du respect de la vie privée des personnes filmées. A cette occasion, n’importe quel quidam pourrait accéder à la salle sans que ne soit vérifiée son adhésion aux idéaux que nous défendons. C’est cette erreur qui a prévalu et qui a fait lancer aux trousses de nos camarades les RG ivoiriens sur instructions de Bakayoko Ahmed, Ministre de l’intérieur du régime Ouattara. Je tiens à préciser que le CRI dont je suis le coordinateur ne se reconnait ni de près, ni de loin dans cette manifestation et se décharge de toutes les conséquences d’un tel évènement qui pourrait dissimuler une gestion de fait. Nous pensions que la misère que vous auriez côtoyée et vécue auprès de nos frères et sœurs au Ghana, vous inciterait à un désir ardent de combat au lieu d’œuvrer à le pourfendre. Nous croyons que pour repartir vers le haut, la galaxie a besoin de tous ses talents, toutes ses énergies. Cette lutte nous la voulons belle, ardente, portée par un désir d’avenir, avec ce signe de vitalité qui consistera à peser sur les choix de notre pays et de notre continent. Nous avons à chaque génération, l’objectif majeur de poursuivre le combat mené par les défenseurs d’une Afrique libre tels que Lumumba, Mandela, Nkrumah, Laurent Gbagbo…, les pères fondateurs de la lutte émancipatrice, qui nous ont donnés de belles leçons de lucidité et de ténacité. Nous avons le devoir de constituer ensemble un noyau cohérent, rigoureux, sans querelles, qui ne craint pas les obstacles et qui renonce aux joies individuelles paisibles. Cette cause serait meilleure si nous la menions ensemble. Il nous faut pour cela une unité, qui ne pourrait se faire dans l’adversité. Notre continent a été longtemps victime de querelles puériles qui n’ont fait qu’obscurcir nos horizons. Morgan Tsvangirai, Buthelezi, Blaise Compaoré, Taylor, Ould Abdel Aziz, Houphouët Boigny, Wade sont les figures modernes de cette trahison. Cela ne doit pas être notre cas. Ayant foi en ce que la raison, source et ordonnatrice de toute chose, triomphe sur les passions aveugles, j’aimerais te rappeler ces mots de notre premier Président Houphouët Boigny, qui en mon sens sont toujours d’actualité : « nous avons réussi à conquérir l’indépendance nominale celle du drapeau et de l’hymne nationale ; il appartiendra aux générations futures de conquérir l’indépendance politique et économique. Ce combat sera difficile, car il fera face au jeu égoïste de l’impérialisme. Vous saurez le gagner si vous êtres unis ». Au delà des conceptions idéologiques de cet homme politique que je suis loin de partager, ces mots nous révèlent l’acuité du problème qui se pose à nous et qui nous oblige à un devoir de solidarité sans faille. C’est à l’observance de cette attitude que je vous invite en rejoignant la lutte patriotique comme aux premières heures, sans oublier que la nature a souvent horreur du vide.

KIRMAN GNAHORE

COORDINATEUR DU CRI

PARIS LE 28 SEPTEMBRE 2011

Fri, 30 Sep 2011 19:59:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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