« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Dans sa volonté de discuter avec le pouvoir: Le Fpi ne s’est pas sabordé

«Le Fpi est prêt à entrer au gouvernement». C’était hier la manchette du quotidien Le Nouveau Réveil, pro-Ouattara et proche du Pdci-Rda. Cette Une principale était soutenue par des titres secondaires. A savoir «Nous voulons un dialogue, mais sincère avec le pouvoir» et «L’amende de la justice contre Akoun a été trop lourde». La titraille du Nouveau Réveil laisse croire que c’est suite à la répression sauvage du pouvoir Ouattara contre ses dirigeants, que le Fpi serait maintenant prêt à discuter. En d’autres termes, ce journal proche de Ouattara veut faire croire que c’est parce que le pouvoir durci la répression contre ses dirigeants avec l’arrestation du secrétaire général, Laurent Akoun, et d’un de ses adjoints, Alphonse Douati, que le Fpi se serait ramolli au point de vouloir discuter et même d’entrer au gouvernement. Archifaux ! Cette façon de traiter l’information s’appelle la manipulation, nous en sommes certains. Et cette manipulation ne saurait avoir un quelconque effet sur les militants du parti du président Gbagbo. Tant ils sont d’une grande maturité. Avant d’aller plus loin, il convient de relever que le président par intérim du Fpi n’a jamais dit : «Le Fpi est prêt à entrer au gouvernement». Voici ce qu’il a exactement répondu à la question de Onuci-Fm relative à l’entrée du Fpi au gouvernement : «Tout ce qui pourrait être issu de nos discussions, il n’y a pas de raison qu’on n’y adhère pas. Nous n’avons jamais dit non. Mais nous disons qu’il faut y mettre la forme et la méthode. Il faut que ce soit au terme de discussions franches et sincères, encore une fois». Nulle part, dans ces propos rapportés par Le Nouveau Réveil, on ne retrouve «Le Fpi est prêt à entrer au gouvernement». Ce sont visiblement des propos prêtés au président du Fpi et qui entrent justement dans le cadre de la manipulation de l’opinion. Ce que Miaka a dit par contre, c’est que le Fpi est prêt à adhérer aux conclusions auxquelles auront abouti les discussions franches et sincères avec le pouvoir Ouattara. En d’autres termes, l’entrée du Fpi au gouvernement sera fonction des réponses que le régime Ouattara donnera aux exigences du Fpi. Et ces exigences sont connues. Il s’agit de la libération de tous les prisonniers politiques à commencer par le président Gbagbo ; le dégel des avoirs des pro-Gbagbo ; la restitution de tous les biens volés et/ou confisqués (maisons occupées) ; le désarmement de tous les ex-combattants en vue de la restauration de l’Etat de droit ; la recomposition de la Commission électorale indépendante (Cei) et la démission du président de ladite institution. Ce qu’il faut donc comprendre à travers les propos de M. Miaka, c’est que l’entrée au gouvernement par le Fpi n’est pas à l’ordre du jour. Ce qui est à l’ordre du jour, ce sont les discussions si Ouattara consent enfin à s’inscrire sur cette voie.
Car c’est bien le Fpi qui, depuis toujours, réclame des discussions avec le pouvoir. C’est même par courrier que le Fpi a demandé à Alassane Ouattara l’ouverture des négociations avec lui. C’est à la suite de ce courrier qu’une première rencontre a eu lieu au palais de la présidence au Plateau. Au cours de celle-ci, le Fpi avait remis à Alassane Ouattara, un cahier blanc contenant toutes ses exigences telles que signalés plus haut. Comme réponse, le chef de l’Etat a renvoyé les responsables du FPI et du CNRD devant le Premier ministre. Au lieu d’examiner les préoccupations du Fpi, celui-ci les a considérées comme des préalables. Pour lui, le Fpi devrait automatiquement accepter d’entrer au gouvernement sans conditions. C’est donc le gouvernement qui refuse de discuter avec le parti du président Gbagbo. Et c’est justement pour éviter le Fpi que le Premier ministre a créé un semblant de cadre de discussion avec des partis dont la plupart se limitent à leurs dirigeants.

Ce qu’on peut donc retenir dans la sortie hasardeuse des journaux du RHDP, c’est que Ouattara a besoin du Fpi dans son gouvernement. Et pourtant, il ne veut pas discuter avec ce parti. C’est un paradoxe. Pour Ouattara, le Fpi devrait fermer les yeux sur l’emprisonnement et la déportation de son fondateur à la Haye, l’emprisonnement de tous les pro-Gbagbo et le vole des biens de ces cadres pour se jeter dans ses bras. Ce n’est pratiquement pas possible. Car le Fpi n’a pas pour objectif de siéger dans le gouvernement de Ouattara. L’objectif du Fpi c’est la reconquête du pouvoir d’Etat pour l’exercer au profit du peuple ivoirien. Et donc si Ouattara a besoin que le Fpi l’aide à gouverner parce qu’il n’arrive pas à amener les ivoiriens à adhérer à sa politique, il faut bien qu’il en crée les conditions. Et ce que demande le Fpi est tout simple. La réinstauration de l’Etat de droit en Côte d’Ivoire. C’est seulement après que Ouattara aura créé ces conditions que le Fpi examinera sa demande d’entrer au gouvernement. Car, retenons-le, ces conditions ne sont pas suffisantes pour que le Fpi gouverne avec le RHDP. Il faudra, en, plus, que Ouattara introduise dans son programme de gouvernement un pan de celui du Fpi. Car si le parti de Laurent Gbagbo accepte d’entrer dans le gouvernement, il le fera avec sincérité. Il ne fera pas comme le RHDP qui a siégé dans le gouvernement du président Gbagbo pendant 8 ans et refuse d’être comptable des actions de ce gouvernement. Quand un homme n’est pas d’accord, il dit clairement non. Et quand il est d’accord il s’engage totalement et entièrement.

Boga Sivori in NOTRE VOIE
bogasivo@yahoo.fr

Wed, 05 Sep 2012 22:44:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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