« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Devoir de Mémoire – C’était un 29 septembre: la capture de l’Almamy Samory Touré

Qui connaît Samory Touré, l’un des derniers empereurs indépendants de l’Afrique de l’Ouest? Pas grand monde en Europe donc en France parce que l’histoire de l’Afrique n’y est guère enseignée et que très peu d’ouvrages lui sont consacrés.
On peut combler facilement cette lacune grâce au livre que publie Julie d’Andurain, agrégée et docteur en histoire qui est l’adjointe du lieutenant-colonel Porte à la division recherche et retour d’expérience du Centre de doctrine d’emploi des forces à l’École militaire. Elle signe un ouvrage qui permet une véritable découverte d’une partie de l’histoire de ce continent à la charnière des XIXe et XXe siècles.
Samory Touré est né vers 1835 dans le haut Niger. S’il marque son temps, c’est qu’il est en capacité à développer entre 1880 et 1898, un Empire africain qui court de son haut Niger natal jusqu’à la Haute Volta ( actuel Burkina). Il s’impose en dominant ses rivaux qui tentent de prendre le contrôle de la région et cela avant l’arrivée des colonisateurs européens.
Samory va être un ennemi résolu de la France et il s’oppose aux troupes de l’Hexagone dès 1882 au moment du commencement de la conquête du Soudan. L’homme mène des troupes qui s’opposent à ces prises de contrôle, sont capables de harcèlement et entretiennent une insécurité régionale.
Il faut attendre le 29 septembre 1898 pour qu’une colonne du capitaine Henri Gouraud le capture. Il aura fallu une vingtaine d’années pour que la chose soit possible et encore, il faut une considérable à l’officier français pour oser cette arrestation alors que ses troupes sont numériquement minoritaires. Le courage d’agir sur un terrain boisé et très hostile a raison de Samory. Gouraud peut justifier sa réussite en insistant alors sur sa détermination inaltérable dans une grande région qui alors n’est pas cartographiée.
Les troupes coloniales qui ont réussi cet "exploit" ne l’ont pas inscrit dans leurs traditions. Samory a été longtemps présenté comme un chef intraitable et sanguinaire, mêlé à l’esclavagiste intra-africain qui rapporte beaucoup d’argent.
Il faudra attendre les années soixante-dix pour qu’il soit considéré comme l’un des héros de la résistance à la colonisation. Certains n’ont même pas hésité à s’approprier son histoire et inventant une filiation pour s’inscrire comme des idéalistes porteurs du souffle libérateur de l’indépendance. On peut citer parmi eux le dictateur de Guinée Ahmed Sékou Touré.
Samory est mort loin des siens, abandonné de sa famille, mais il est patent que sa réhabilitation en pleine guerre froide était politiquement intéressée. Lorsqu’on cherche à imposer au sage qu’est Felix Houphouet-Boigny en Côte d’Ivoire que le président guinéen est l’arrière petit-fils de Samory, la manipulation est grossière.

Julie d’Andurain

Incontestablement le livre de Julie d’Andurain comble un grand vide et il faut prendre son temps pour le lire. Il y a beaucoup à apprendre pas seulement sur celui qui se disait le plus grand ennemi de la France mais plus largement sur l’histoire de l’Afrique de l’Ouest.

Julie d’Andurain, "La Capture de Samory (1898), l’achèvement de la conquête de l’Afrique de l’Ouest, collection outremer, Éditions Soteca, 210 p., 25,40 euros.

Sun, 30 Sep 2012 13:22:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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