« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Éditorial : Cet autre silence qui fait peur

Le dimanche dernier, je suis allé à l’Eglise avec le secret espoir qu’un mot serait dit sur les derniers développements de l’actualité nationale, surtout après les attaques de la ville de Dabou et l’exploitation politicienne qui s’en est suivie. J’avoue que j’ai été déçu. Certes, il est connu dans l’Eglise Catholique, la prise de parole n’est pas une mince affaire. Il faut parfois des autorisations qui ne sont jamais automatiques et qui, généralement, ne viennent pas. Et rien que pour cela et, sans doute, pour d’autres pesanteurs dont je n’ai franchement pas envie de parler ici, il était quasiment acquis que le silence ne serait que la seule réponse du clergé ivoirien à la mise en scène des témoignages de FRCI. Malgré tout, je suis quand même déçu.
En 2011, le silence des Evêques cette fois-ci ou, du moins, ses réponses embrouillées nous avait fait oublier le sens de la morale dans un pays où les politiques nous bassinaient avec le seul évangile qu’ils connaissent, celui du trop plein de haine que ceux qui voulaient arriver au pouvoir avaient accumulée depuis des décennies. Ce silence-là avait d’ailleurs surpris l’Archevêque Camerounais Mgr Tumi qui ne comprit jamais pourquoi les Evêques ivoiriens qui connaissaient la vérité, préféraient faire comme si le silence était la solution pour un peuple qui ne demandait que ceux dont la vérité avait un poids, la dise au nom du Dieu qu’ils adorent qui est d’abord un Dieu de vérité.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, je crains fort bien que le silence de l’Eglise Catholique sur des allusions aussi dangereuses que mesquines sur l’identité des assaillants ne fasse germer demain dans la tête de nos gouvernants une guerre communautaire entre chrétiens et musulmans parce que « Oh Christ ! Oh Christ ! » finirait par être la preuve que les assaillants sont chrétiens et que leur but ultime était de prendre à un musulman le pouvoir.
Car ce n’est pas faire preuve d’une mentalité de tribu assiégée que de dire que les images projetées par la télévision nationale sur les attaques de Dabou mettent la communauté des chrétiens de notre pays en danger. La télévision a un pouvoir incommensurable sur nos mentalités. Parce qu’en dépit de la floraison d’épithètes, pas toujours agréables dont on l’affuble, la télévision fait l’objet d’un consensus paradoxal. En effet, généralement, tout ce qui s’y passe est jugé vrai. La raison essentielle est que l’image joue un rôle indéniable sur la conscience des gens. Leur succession et leur densité piège nos consciences souvent endormies. Parce qu’après tout, très peu de personnes peuvent saisir les manipulations dont les images sont ponctuées.
C’est donc pour cela que la hiérarchie catholique ne peut pas continuer de rester de marbre devant les accusations scénisées dans un tel mass-média. Il faut en effet élever aujourd’hui la voix pour que le silence paresseux d’aujourd’hui ne vaille pas caution d’une manipulation grossière de ceux qui sont portés par les intérêts communautaristes de leur religion.
Selon certaines sources relayées par des médias nationaux, AL Qaeda serait au nord de notre pays à la faveur des attaques dans le nord malien qui continuent de déstructurer ce pays. D’autres informations qui sont de nature à vous glacer le sang affirment même que profitant de ce désordre, ces fous d’Allah seraient déjà présents à Abobo dont la population ne fait qu’accroître, surtout depuis quelques temps. Faut-il que demain le silence de ceux dont la parole aurait pu, ne serait-ce que tuer dans l’œuf cette dangereuse manipulation, précipite tous les chrétiens dans un pogrom dont le fil idéologique serait que des gens criant « Oh Christ ! Oh Christ ! » ont attaqué Dabou un jour d’août parce qu’ils voulaient restaurer un pouvoir chrétien déchu ?
L’histoire des Juifs doit nous interpeller tous. Bien sûr parce qu’aujourd’hui ils font partie des peuples dont le pouvoir de lobbyng est unanimement reconnu. Cela dit, lorsque les nazi les marquaient par de menues croix gammées, comme les parias d’une société qui, soi-disant, devait se débarrasser des Juifs, ils n’ont rien dit. Mieux, ils ont laissé faire. Peut-être se sont-ils dit qu’un homme, Hitler, dont l’humanité n’était pas a priori discutable n’irait pas jusque-là. Et particulièrement à l’extermination de ses semblables tout simplement parce qu’ils sont Juifs. Malheureusement, c’est ce qui fut fait. Parce qu’il y a des moments où le silence n’est franchement pas d’or. A bientôt peut-être, n’est-ce pas ?

Joseph Titi in Aujourd’hui

Mon, 20 Aug 2012 23:37:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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