Alassane Ouattara a tenu un discours le mercredi dernier à un panel d’invités de la Conférence présidentielle israélienne ‘’Facing Tomorrow 2012’’ pour laquelle il effectue une visite d’Etat en Israël depuis quelques jours. Au Centre de Conférence International de Jérusalem qui accueillait la cérémonie, le chef de l’Etat ivoirien a donné sa vision de la marche du monde et particulièrement de l’Afrique qu’il appelle à aider davantage au vu de ses nouvelles performances depuis une décennie qui font, selon lui, que « les lions d’Afrique sont aujourd’hui à la poursuite des tigres asiatiques ». Références faites aux Etats émergents d’Asie du sud-est. Au cours de ce discours, les questions de sécurité, de bonne gouvernance et de démocratie en Afrique ont constitué l’essentiel du message que lançait Alassane Ouattara. Pour lui, toutes les performances de l’Afrique subsaharienne dont le taux de croissance devrait atteindre 5,4% en 2012, malgré les effets de la crise en Europe et un ralentissement un peu partout dans le monde, seront vaines si elles ne reposent pas sur le renforcement de la ‘’stabilité politique, la bonne gouvernance, la démocratie’’ et la lutte contre ‘’ l’insécurité’’. Il appelle donc au « renforcement de la stabilité politique, de la bonne gouvernance, et de la démocratie, grâce au changement de pouvoir par les urnes et le renforcement progressif des institutions ». Parce que selon Alassane Ouattara, « la majorité des pays africains bénéficient d’élections jugées par la communauté internationale comme « satisfaisantes.» Si l’on peut parfaitement comprendre la démarche du chef de l’Etat ivoirien qui a refusé le recomptage des voix proposé par son adversaire, le président Laurent Gbagbo à l’occasion des élections présidentielles de novembre 2010, comment comprendre sa logique qui veut qu’on respecte l’Afrique et les Africains qu’il croit défendre aujourd’hui, si c’est seulement l’avis de la ‘’communauté internationale’’ qui doit faire foi. Qui représente réellement cette communauté internationale ? Quand les observateurs de l’Union africaine (UA) conduits par l’ex-Premier-ministre togolais, Joseph Kokou Koffigoh, donne des avis sur le déroulement des élections en Côte d’Ivoire et qu’ils sont l’objet de railleries ? Nous pensons qu’il est illusoire de croire pouvoir cacher le soleil avec sa main. La performance de l’Afrique doit être effectivement saluée et surtout saluer ceux de ses fils qui sont à la base de cette bonne gouvernance et du respect des droits de l’homme. Le président Laurent Gbagbo avait initié le budget sécurisé qui permettait à la Côte d’Ivoire de ne pas dépendre entièrement des institutions financières internationales et de sortir du goulot de la dette. Un haut fait que l’on doit à Paul-Antoine Bohoun Bouabré, l’ex-argentier de Laurent Gbagbo qu’on a laissé mourir justement en Israël, et qui a suscité des émules dont l’ex-Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin. C’est le travail de cette même équipe du plus célèbre prisonnier du pénitencier de Scheveningen, transféré à la Haye le 29 novembre dernier par Alassane Ouattara, qui a monté les dossiers pour que la Côte d’Ivoire aspire à l’initiative PPTE qui est devenu finalement le sésame du régime d’Abidjan pour faire face à l’ébullition dans les couches socio-professionnelles en Côte d’Ivoire. Que dire des droits de l’Homme et des libertés dans le pays ? Laurent Gbagbo en avait fait un pilier de sa gouvernance. La dépénalisation des délits de presse qui a vu l’étau se desserrer autour des journalistes et des hommes des médias qui n’ont plus connu le bagne comme cela avait pu se constater sous Henri Konan Bédié et l’ancien Premier ministre d’Houphouët-Boigny. Les lois sur le financement des partis politiques sur fonds publics, les allocations viagères pour les anciens présidents d’institutions, tout cela a constitué l’avancée sur le chemin de la démocratisation et de la bonne gouvernance en Côte d’Ivoire.
Peut-on vraiment être fier aujourd’hui de ce qu’est devenue la Côte d’Ivoire sous le régime Ouattara, qui ne se gène même pas à violer la constitution ivoirienne ? Les Ivoiriens sont poussés à l’exil, les traitements humiliants et dégradants sont infligés à des personnes, les biens personnels son violés, la liberté de pensée et d’expression, les libertés de réunion et de manifestation sont devenues un leurre, etc. Avec un tableau aussi bien noir, les Ivoiriens ne peuvent qu’être dans leurs petits souliers quand ils voient leurs dirigeants jouer les donneurs de leçons au reste du monde. Et principalement, Alassane Ouattara devrait être plus habile à comprendre que le territoire qu’il est sensé administrer est à la recherche d’union et de réconciliation pour amorcer son développement. Brandir un quelconque taux de croissance, même de 100%, ne peut être viable que s’il se ressent dans le panier de la ménagère. Or, que constatons-nous à ce jour ? Alassane Ouattara appelle les Ivoiriens à patienter jusqu’en 2014 pour apprécier ses ‘’solutions’’. Tous les rendez-vous avec les couches socioprofessionnelles ont été différés après la fin de ce mois de juin, dans l’espoir de l’obtention de l’initiative PPTE. Laurent Gbagbo n’a pas attendu cela pour améliorer le traitement de nombreux corps professionnels tels que la police, la gendarmerie, les magistrats, les médecins, les enseignants, etc. Comme quoi, il y a les diseurs et les faiseurs et il ne sera jamais suffisant de claironner à toutes les tribunes du monde ce qu’on ne sait même pas faire, pour que cela soit.
G. Bertrand KUYO in Aujourd’hui
gkuyo@yahoo.fr