« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

En résidence protégée depuis plusieurs mois: Ce que Blé Goudé réclame du pouvoir Les dessous d’une détention au secret

Voulant en savoir un peu plus, nous avons mené des investigations. Il en ressort que Blé Goudé subirait d’énormes pressions, destinées à lui arracher des aveux et des engagements. Il s’agirait, pour le leader des jeunes patriotes, de reconnaître, dans un premier temps, et de façon claire, la victoire d’Alassane Ouattara aux élections présidentielles de 2010, et par conséquent, la défaite de Laurent Gbagbo, son mentor. Il devrait aussi accepter de témoigner contre Laurent Gbagbo à la CPI. Il se verrait, alors par la suite, confier un rôle de premier plan dans le processus de réconciliation nationale engagé par le régime en place. Lequel processus semble se heurter au refus des pro-Gbagbo.

Blé Goudé devrait, ainsi, être ce catalyseur, la personne qui va briser le mur de méfiance qui bloque les partisans de l’ancien président. Ses geôliers auraient eu pour mission de lui faire avouer que son mentor Gbagbo et lui ont mené un faux combat et que c’est l’heure de la repentance. Qui se traduirait en une mission de réconciliation, à travers une tournée nationale, comme il l’avait déjà fait en 2007, avec la caravane de la paix, après la signature de l’Accord politique de Ouagadougou. Cette tournée, qui serait entièrement financée par le pouvoir en place, aurait pour objectif de remobiliser les jeunes patriotes et les faire embarquer dans le train de la réconciliation.

D’où la pression, mais dans le silence totale, selon nos sources, qui est exercée sur le patron du Cojep. Les mêmes sources indiquent qu’en échange de ces sacrifices, Blé Goudé se verrait épargner certaines restrictions, notamment l’interdiction de voyager, les mandats d’arrêts lancés à son encontre et le dégel des avoirs. « C’est pourquoi certains parlent de deal depuis son arrivée, et c’est pourquoi son dossier traîne encore au niveau de la justice », révèlent nos sources bien au fait du dossier.


Libération d’abord, réconciliation ensuite

Après près de 80 jours de détention au secret et d’isolement total, Charles Blé Goudé refuserait de se renier et de renier Laurent Gbagbo. Il ne voit aucun inconvénient à s’engager dans le processus de réconciliation, mais se dit entièrement solidaire des exilés politiques et des autres prisonniers politiques. « Il ne cède pas du tout à la pression. Il trouve inopportun de s’engager de manière solitaire dans le processus de réconciliation nationale. Pour qu’une telle action connaisse le succès souhaité, il faut inclure tout le monde. Pour lui, il faut régler les causes de la crise à la racine », indiquent les mêmes sources. Qui ajoutent que Blé Goudé demande au pouvoir en place de faire en sorte que le processus de réconciliation soit précédé de la libération de tous les prisonniers politiques, du retour des exilés civils et militaires. « Il estime que la présence de toutes ces personnes qui souffrent en exil et en prison va faire revivre la Côte d’Ivoire, et les relations seront moins hypocrites », aurait confié le leader du Cojep, avec en prime un appel pressant aux autorités ivoiriennes, afin qu’elles tiennent compte de « ses exigences ». Il aurait même rappelé, à juste titre d’ailleurs, que « pour la réconciliation entre le président Gbagbo et l’ancien chef de la rébellion Guillaume Soro, il a fallu que ces deux hommes se rencontrent et se parlent. Il a même fallu faire venir Soro et ses hommes à Abidjan pour faire la paix ».

Une façon claire pour Blé Goudé de dire qu’au delà de sa propre personne, il faudra libérer Laurent Gbagbo, son épouse Simone, Affi N’Guessan et tous les autres prisonniers pour faire la réconciliation. Pour le reste, à en croire nos sources, il « tient le coup, et demande à ses hommes d’être forts, car la bataille sera dure et longue comme un marathon». Quant à ses avocats, ils ne cachent plus leur colère, leur agacement de ne pouvoir accéder à lui et de lui apporter leur assistance. Ils trouvent cela injuste et contraire à la loi, et ont prévu de donner de la voix dans les prochains jours.

Hamadou ZIAO in L’Inter

Wed, 03 Apr 2013 03:07:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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