LA GUERRE DES PRO-CI, PRO-CA !
Les attaques se multiplient sur toute l’étendue du territoire. Cela donne de gros problèmes de sommeil aux Ivoiriens. Impossible de compter sur le pouvoir (pourtant censé veiller sur la sécurité des citoyens) pour retrouver la qualité de leur sommeil. Car au lieu de rechercher en toute lucidité les vraies causes de l’insécurité qui commence à lasser monsieur et madame tout le monde, les autorités, avec le ministre Hamed Bakayoko en tête, prennent des raccourcis en lorgnant systématiquement du côté des pro-Gbagbo. Lesquels aussi, il faut l’avouer, font beaucoup d’effort pour se retrouver sous les feux du soupçon. Mais, pour leur défense, ils dénoncent une campagne de calomnies menée par le gouvernement contre leur parti, en attribuant au passage aux pro-Ouattara, quelques actes de violence dirigés selon eux, contre le Fpi. Mais le pouvoir qui demeure impassible et même glacial face aux lamentations des refondateurs sévit régulièrement dans leurs rangs, comme pour cacher son incapacité à rétablir la sécurité. Et dire que quelqu’un avait osé affirmer que « la question de la sécurité s’améliore ». Lors de son voyage d’Etat à l’Ouest, il y a quelques mois, le chef de l’Etat avait garanti la sécurité aux populations régulièrement victimes de la barbarie de mercenaires et autres miliciens. A peine avait-il regagné Abidjan que son gouvernement a été pris en flagrant délit de laisser-aller. L’ouest venait encore d’être la cible d’attaques meurtrières. Les pro-Gbagbo ont naturellement fait figure de coupables. Et comme il fallait s’y attendre, ceux-ci ont accusé le pouvoir de conspiration. Depuis, M. Ouattara s’est engagé à renforcer le pouvoir des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci), sur le terrain, sans que personne ne vienne pour définitivement expliquer à ces derniers qu’ils sont au service de la République, c’est-à-dire de tous les Ivoiriens et qu’ils n’ont pas à se comporter comme s’ils étaient dans la jungle.
POURTANT, NOTRE CHEF VOULAIT UNE ARMEE FORTE
«Nous avons une importante restructuration à faire au niveau des forces de défense et de sécurité. Mais, je veux construire une armée forte », affirmait le chef de l’Etat sur les antennes de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (Rti). C’est pour cette raison, du moins on le croyait, qu’il s’est adjugé le ministère de la Défense, tout en s’affublant d’un délégué. Cette armée forte qui n’a reçu aucune formation à l’éthique militaire créée aujourd’hui bien des soucis aux populations. A titre d’exemple, ce témoignage d’une victime. « Je quitte le bureau, direction Yopougon. J’’arrive à Keneya vers 21h 30, où est dressé un barrage des Frci. Contrôle d’identité, je leur montre ma CNI. Ils me font descendre de mon taxi». « Ya quoi dans ton sac ? Tu es quitté où ? Tu vas où et tu fais quel travail ? » – Me demande un élément surexcité. Je suis journaliste, lui ai-je répondu tout en lui présentant ma carte professionnelle. Et ceci est mon sac de travail, j’y ai mon ordinateur, mes téléphones, dis-je, tout en ouvrant le sac. « Ah bon ! Tu as ordinateur, c’est que y’a des secrets dedans. On va t’emmener au camp pour analyser tout ça. Parce que tu dois avoir des trucs dedans. Et d’ailleurs même pourquoi tu te promènes avec ça, où sont les papiers de l’ordinateur? Tu es trop suspect ». Il s’en est fallu de peu pour que cet homme qui ne faisait que rentrer chez lui, soit conduit vers une destination ‘‘inconnue’’. «Une armée professionnelle, une armée dont nous serons fiers, une armée républicaine comme son nom l’indique d’ailleurs », avait dit notre chef. On en voit le résultat.
ELLE EST TOUT SAUF PROFESSIONNELLE
« Et à partir de là, ce n’est pas seulement la protection de la Côte d’Ivoire et des Ivoiriens. Je veux aller au-delà (…) Je veux qu’à l’avenir, notre armée puisse donner des soldats, des sous-officiers et même des officiers y compris des officiers généraux pour les forces de maintien de la paix dans d’autres pays, sur d’autres continents». C’est toujours notre président qui s’exprime ainsi. Une chose est sûre. Ce n’est ni le moment, ni le lieu pour le chef de l’Etat de confier à notre armée, la mission d’intervenir hors des frontières nationales. Il y a plus urgent : laisser la théorie pour la pratique, redorer le blason de cette curieuse armée et qui porte abusivement le nom de Frci. Le Pdci qui a redemandé la création d’une ‘‘véritable armée républicaine et nationale’’ ne dira pas le contraire. Ce sont à des pratiques réprimées par la loi que se livrent certains éléments, malheureusement les plus nombreux: kidnappings, assassinats, des trafics de drogue, pillages, perquisitions illégales de domiciles. Allez donc demander aux investisseurs de venir dans un pays pareil…
Christiane Djahuié in L’Éléphant DéchaÎné
Mon, 03 Sep 2012 11:19:00 +0200
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