Côte d’Ivoire tentent de réécrire l’histoire de notre pays. Se heurtant aux faits inoxydables et inaltérables, ils ont choisi de les regarder et de les relater autrement. Résultat, les conséquences sont présentées comme les causes qui leur permettent d’accuser sans rire Pascal Affi Nguessan, Simone Gbagbo, Abou Drahamane Sangaré et d’autres pro-Gbagbo de «génocide… ». Ainsi, le lâche assassinat du ministre Boga Doudou, le massacre de 247 soldats en une nuit, le meurtre des colonels Dagrou Loula et Dali Oblé et de 60 gendarmes désarmés à Bouaké, les génocides de Guitrozon, de Petit Duékoué et Nahibly à l’Ouest…deviennent à leurs yeux, des «dégâts collatéraux » ou des conséquences nées du «refus de Gbagbo d’abandonner le pouvoir comme Bédié en décembre 1999».
En clair, Affi Nguessan, Abou Drahamane Sangaré, Simone Gbagbo…sont coupables d’avoir aidé Laurent Gbagbo à «conserver le pouvoir ». Alors, à défaut d’avoir le Woody à disposition pour le condamner, on le jugera par procuration en faisant comparaître ses principaux lieutenants. Ils doivent répondre des crimes commis par les rebelles à Guitrozon, Petit-Duékoué …Nahibly et de bien d’autres chefs d’accusation même si aucun d’eux n’a pris une quelconque part personnelle à ces crimes de sang. En somme, ils répondront de graves infractions connexes pour lesquelles la peine minimale prévue par la loi est la réclusion criminelle d’au moins 10 ans.
A la vérité, cette cour d’assises est censée justifier le coup de force du 11 avril 2011 et permettre la réécriture de l’histoire de la Côte d’Ivoire, de 1999 à 2000. Simone Gbagbo, Affi Nguessan et Abou Drahamane Sangaré seront jugés non en tant que politiciens mais en tant que grands criminels de droit commun. Les vainqueurs s’emploient ainsi à enduire les traces de leurs méfaits du vernis de la légitime défense invoquée depuis 2002 par Soro Guillaume à travers sa fameuse phrase «les armes se sont imposées à nous». Cela permet de transformer la victime en bourreau. Pour l’histoire.
Pour y parvenir, les vainqueurs de la guerre post-électorale ivoirienne ont pris toutes leurs précautions. D’abord, ils se sont assuré que les avoirs de la majorité des pro-Gbagbo sont gelés afin que les accusés n’aient pas les moyens de s’offrir les meilleurs avocats. Ensuite, on a trié sur le volet les jurés pour ne laisser aucune chance au hasard. Pour finir, la presse pro-gouvernementale annonce de prétendus «témoins» sans la moindre pièce à conviction. De quoi condamner irrémédiablement les accusés et leur enlever toutes velléités de reprise du pouvoir d’Etat par les urnes.
Le FPI semble l’avoir bien compris. Il sait que ce procès 100% politique a été parachuté en cour d’assises afin d’éviter soigneusement de parler de légalité constitutionnelle dont il parlera abondamment. De source bien introduite, on apprend aujourd’hui qu’en dépit des divergences internes qui secouent la cohésion du parti, les Refondateurs ont chaussé leurs crampons des grands matches. Ça promet donc de chaudes empoignades.
Par Bamba Franck Mamadou
Wed, 22 Oct 2014 05:47:00 +0200
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