Oui, il faut du carburant dans cette guerre de "libération", pour transporter les rebelles et leur hiérarchie, voire même les plus jeunes, ceux qu’on appelle les microbes, et qui pour certains sont descendus de Bouaké. Et notre brave armée française reconnaissante, toujours prête à servir les nobles causes, avait par la suite pudiquement détourné les yeux, lorsque les rebelles déménageaient avec le reste du carburant toutes les grosses cylindrées volées, les véhicules de la présidence, ceux des ministères, les véhicules privés des pro-Gbagbo qui, envoyés en prison ou en exil n’en avaient plus besoin. Alors, est-ce là le "service rendu à la France" par le lieutenant Colonel Nanga, et qui lui vaut cette récompense ?
Je ne suis pas militaire, mais à la lecture de l’article de l’encyclopédie en ligne, Wikipédia, cette médaille de bronze est assez facile à obtenir. "Les médailles d’échelons argent et or sont contingentées par décision ministérielle". Celle de bronze, non. C’est juste une déco, il n’y a pas besoin d’en référer au ministère de tutelle, un genre de bon point distribué pour encourager l’élève dans ses efforts, et qui a l’avantage de n’ouvrir le portefeuille de personne; c’est juste un peu de vent dans une boîte, que l’on agrafe sur un costume, sur fond de défilé militaire et de flonflons guerriers. Les Français ne le liront certainement pas dans leurs journaux, comme d’habitude, ce sera un non-événement là-bas, juste un peu de cinéma au 43ème Bima, pour enfariner quelques militaires honorés dans un coin de la pièce, une petite pause dans la grande commémoration classique du 8 mai, où on invitera tout le monde à chanter la Marseillaise, avec sa phrase magnifique et inoubliable; "Qu’un sang impur, abreuve nos sillons !"
Au 43ème Bima, c’est un peu de couleur bronze, une glue attrape-nigauds qui va se retrouver sur ces fières poitrines, pour renforcer la coopération "amicale" entre l’armée française et une armée rattrapée en mal de reconnaissance vraie, pour son efficacité dans des domaines autres que le racket, les opérations commando d’enlèvement, les bastonnades, l’encadrement des microbes, et autres hauts faits rebelles.
Comment mériter cette prestigieuse médaille française? Il suffit de cumuler un an de service et 90 points, lit-on dans l’encyclopédie en ligne. 15 points sont donnés d’office pour chaque année d’ancienneté. Ce qui veut dire que même sans rien faire d’extraordinaire, ces colonel major, colonel, capitaine de vaisseau, lieutenant-colonel et commandant auraient droit à leur médaille en France en 6 ans et même moins, l’aptitude à parler des langues étrangères pouvant valoir jusqu’à 40 points de bonus sur les 90 ! A l’aise en dioula, en français, et dans quelques autres langues ivoiriennes, ces apparents veinards ne sont donc que les quelques pigeons rattrapés d’une armée où les décorés à ce prix devraient se compter par centaines, là où le colon, sûr de sa force et des vertus abrutissantes de ses verroteries, n’en a retenu qu’une dizaine…
Mais chut, ils sont distingués pour services rendus à la France… Peut-être même y a t-il parmi eux celui qui, sur commande, a recueilli violemment le dernier souffle de Philippe Rémond, ce Français qui, lui ne recevra jamais de médaille, fût-ce à titre posthume : les bourreaux et leurs commanditaires s’abstenant généralement d’honorer la mémoire de leurs victimes…
Shlomit Abel
Fri, 08 May 2015 03:02:00 +0200
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