« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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François Hollande embrasse la Françafrique

En célébrant Jules Ferry, Hollande rassure nos tyranneaux, ces pales copies des « bons tyrans », des « vice-rois, à la fois civiles et militaires » que furent les Gouverneurs Généraux, les Lieutenant-gouverneurs, et autres Commandants de cercles, Chefs-de subdivision. Aujourd’hui dans nos républiques-empires, ils réunissent entre leurs mains, les pouvoirs exécutifs, judiciaires et législatifs, pondirent différents décrets et autres arrêtés dont ils se servirent pour matraquer et piller les indigènes.

Dans Libération du 14 Mai 2012 intitulé « 24 heures dans la vie du nouveau président », François Wenz-Dumas écrit :

« Selon Vincent Peillon, dont le nom est cité comme possible ministre de l’Éducation, interrogé dimanche sur Radio J, c’est le Jules Ferry «des grandes lois scolaires, de la lettre aux instituteurs, de la scolarité obligatoire, de la laïcité, de la gratuité de l’école» qui sera honoré. »

Exercice de sélection de la mémoire ! Car il s’agit bien d’un certain Jules Ferry et non de tout Jules Ferry. Pour que Hollande s’en tire avec bonne conscience, on oublie ici le Jules Ferry qui figure en bonne place au sein d’Armand Colin en 1892. Ce Jules Ferry-là offrit à sa France, une manière d’empire-république, Le Gouvernement de L’Algérie. Cet ouvrage posa les fondements de la monstruosité qui aida à administrer les colonies. En oubliant ce Jules Ferry-là, Hollande et son entourage embrassent une pratique qui aide à ce que l’ivraie et le bon grain emplissent le grenier de la République.

Autrement dit, ce geste du deuxième socialiste à l’Élysée est prémonitoire. Il annonce un Hollande qui, comme Mitterrand embrassa en son temps la Françafrique. Un François Mitterrand agit ainsi dès que l’euphorie de sa victoire passa en 1981. Je m’en souviens comme de cet instant. Étudiant, j’avais tout vendu pour aller vivre la victoire de Mitterrand. Je croyais alors que le nouveau président nous vengerait des humiliations giscardiennes. Être président d’une république que livra 1789 et faire bon ménage avec des empereurs bouffons à la Bokassa était bien français.

Ces cinq dernières années Nicolas Sarkozy n’a pas craché sur les valises diplomatiques bourrées de billets de banque. II perpétra la Françafrique à sa manière, il développa ses réseaux comme De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand. Comment penser un seul instant que François Hollande agira autrement ?

Car il faut dire qu’en célébrant Jules Ferry, Hollande rassure nos tyranneaux, ces pales copies des « bons tyrans », des « vice-rois, à la fois civiles et militaires » que furent les Gouverneurs Généraux, les Lieutenant-gouverneurs, et autres Commandants de cercles, Chefs-de subdivision. Aujourd’hui dans nos républiques-empires, ils réunissent entre leurs mains, les pouvoirs exécutifs, judiciaires et législatifs, pondirent différents décrets et autres arrêtés dont ils se servirent pour matraquer et piller les indigènes.

Le choix de la IIIème République comme source d’inspiration pour le nouveau président français augure-t-il une ère nouvelle des relations entre la France et l’Afrique comme l’ont tant clame les médias ? Hollande embrasse-t-il cette ère ou prospéra la France sur le sang des Africains en connaissance de cause ? Sait-il que Jules Ferry, Arthur Girault pour ne citer que ces deux théorisèrent, ce qu’Aimé Césaire considère dans Discours sur le colonialisme comme une forme de nazisme ?

Car il faut le dire, c’est sous la IIIème République que coloniser rimait avec civilisation. Mais disons-le à la suite d’Olivier le Cour Grandmaison que coloniser c’est exterminer et qu’une ère éhontée ne rassure nullement tous ceux qui aujourd’hui souhaitent que soit à jamais annihiler une politique criminelle qui voit le jour avec Charles De Gaulle. Et si cette volonté de voir en ce nouveau quinquennat le lieu de changement n’était qu’un vœu pieux et qu’à l’Élysée nous verrons un autre Papamadi en la personne de Thomas Hollande ! Dans la France de la Vème République, le ridicule ne tue pas et l’Afrique sera toujours l’Afrique, c’est-à-dire vache à lait. À moins que les Africains eux-mêmes ne voient et agissent autrement.

Gilbert Doho
Professeur associé, Université de Cleveland, Ohio in Tolerance.ca

Wed, 16 May 2012 16:51:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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