« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Gbagbo aux Ivoiriens depuis La Haye : “Je reviendrai au pays”

«Mes chers parents, je suis venu vous saluer. Nous savons combien vous avez souffert de ce qui est arrivé. Seuls Dieu et vous pouvez mesurer l’ampleur de ce que vous avez subi. Mais si vous ne nous avez pas vus depuis, c’est parce qu’il s’est passé beaucoup de choses entre le 11 avril 2011 et maintenant. Je suis donc venu vous traduire notre compassion et notre fidélité. Mais je suis surtout venu vous livrer le message du Président Gbagbo. Gbagbo a pris un billet aller-retour pour La Haye (Hollande). Il a fait le premier mouvement, le 29 novembre dernier, vers La Haye. Le 18 juin, il va faire le deuxième mouvement en revenant en Côte d’Ivoire, son pays». Pendant plusieurs minutes, Laurent Akoun est interrompu par des cris de joie. Des larmes surprennent même certaines personnes. Comme si Laurent Gbagbo venait d’arriver de La Haye. «Ce que je vais vous dire là, c’est Laurent Gbagbo qui m’a appelé et m’a demandé de vous le dire. Vous savez comment il m’appelle ? Il m’appelle Abdallah. Vous savez pourquoi, il m’appelle comme ça ? Le 18 février 1992 quand les mêmes nous avaient mis en prison à la Maca, c’est moi qui recevais ce que vous nous apportiez (riz, banane, igname, de l’eau minérale etc.) et je distribuais cela à tous les détenus. C’est ainsi qu’on m’appelait le Mauritanien et on m’avait donné le nom d’Abdallah. Donc il a dit : «Abdallah», j’ai répondu : «Chef, c’est serré». Parce que pour le garde-à-vous, les fesses doivent être serrées. Je dis donc : «Chef, je suis au garde-à-vous, c’est serré». Il m’a répondu : «mets-toi au repos». Avant de poursuivre : «Toi Abdallah, tu me connais. Je ne peux pas tuer une mouche. A plus forte raison tuer un homme, mon semblable. Je n’ai donc envoyé personne tuer qui que ce soit en Côte d’Ivoire. On a organisé des élections en Côte d’Ivoire et je les ai gagnées. Quelqu’un d’autre dit que c’est lui qui les a gagnées. Comme je dis que j’ai gagné et qu’il dit qu’il a aussi gagné, j’ai alors demandé qu’on recompte les voix devant tout le monde entier et qu’on voit qui a effectivement gagné. L’autre a dit : Non, je ne veux pas qu’on recompte. Je veux plutôt qu’on va fasse la guerre. Entre celui qui dit : on va recompter et celui qui affirme : on va faire la guerre, qui a fait tuer les Ivoiriens ? Puisqu’on dit qu’il y a eu 3000 morts. Entre celui qui dit : recomptons les voix et celui qui dit : faisons la guerre, qui a fait tuer les 3000 personnes. C’est la question à laquelle on va répondre le 18 juin prochain. Et comme on veut que le monde entier sache la vérité de ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire, le 18 juin, je vais parler et tout le monde saura où se trouve la vérité. Après quoi, je reviendrai en Côte d’Ivoire. Vas livrer ce message à mes parents. Dis-leur d’essuyer leurs larmes et rassure-les que je reviens bientôt. C’est le premier message d’espoir que je suis venu vous porter ».

Les prisonniers et les exilés politiques…

«Le deuxième message est que je suis allé au Ghana. J’ai vu la maman du Président Gbagbo. Elle se porte très bien. Elle joue même à l’awalé. Notre fils Blé Goudé se porte également très bien. Il est là où il est. Je n’en dirai pas plus. Seulement sachez qu’il va continuer le combat. C’est du Ghana que je venais et ils ont voulu s’amuser avec moi. Ils m’ont arrêté et m’ont conduit à la Dst. Mais moi, je connais la Dst depuis longtemps. Je connais le sous-sol de la Côte d’Ivoire. Où ils vont m’emmener encore ? Vous pouvez donc rester tranquilles. Aujourd’hui, on est à l’ère des faux courageux. Ils ont la kalachnikov en main et se disent courageux. Nous, nous n’avions rien de tout ça sous un Houphouët-Boigny tout puissant et nous parlions. Et c’est eux qui vont nous effrayer ? Non ! Nous avons toujours les mains nues, mais nous parlons et nous parlerons. Je voudrais vous dire que le docteur Blé se porte bien aussi. Il est là à Abidjan et il va très bien. La troisième nouvelle porte sur les autres prisonniers. Sur ce point, je voudrais vous dire que le président Affi N’Guessan est aujourd’hui le seul détenu de la prison de Bouna. Comment un homme peut être seul dans une prison si ce n’est parce qu’on veut le conduire à la mort ? Mais il ne mourra pas. Il se porte bien. Sangaré, Béchio, Bro Grébé et Kuyo Téa qui vivent avec les serpents de la prison de Katiola sont sous le regard bienveillant de Dieu et ils se portent bien. Le Premier ministre Aké NGbo, ce grand universitaire qui fait la fierté de l’Afrique, et les autres prisonniers de la prison de Boundiali se portent bien par la grâce de Dieu ».

«Nous étions vraiment désespérés»

«Le quatrième message, c’est que tous vos fils et filles qui sont en exil se portent bien également. Voilà ce que je suis venu vous dire. Mais ce que vous devez retenir, c’est qu’on peut tuer un combattant. On peut jeter un combattant en prison. Mais on ne peut ni tuer, ni jeter en prison un combat. C’est ce combat que Gbagbo nous a laissé momentanément que vous et moi allons continuer. Et c’est ce combat qui fera que Gbagbo reviendra dans ce pays, que tous nos camarades seront libérés et tous ceux qui sont en exil vont rentrer. Débarrassons-nous donc du complexe du persécuté et remettons-nous sans délai en ordre de bataille». De Kpoblobouo à Gnaliépa en passant par Mama, la visite du secrétaire général du Fpi a été perçue comme un soulagement par les populations. «Nous étions vraiment désespérés et nous ne savions pas où donner de la tête. Aujourd’hui, nous avons eu les vraies informations. Vous pouvez donc continuer à compter sur nous. Ceux qui croient nous exterminer se trompent. Ceux qui croient également que le Fpi est mort ici se trompent également. Dans tous les cas, quand vous gardez pendant longtemps du poivre dans un canari et que vous le videz un jour, son odeur y demeure. De même personne ne peut enlever le Fpi dans notre cœur», a affirmé le chef Zago du village de Kpogblobouo. Même son de cloche à Mama et à Gnaliépa. Laurent Akoun a visité les décombres de la résidence du Président Gbagbo et celle de sa mère qui ont été pillées par les forces armées pro-Ouattara.

Boga Sivori in Notre Voie
bogasivo@yahoo.fr, (Envoyés spécial)

Tue, 03 Apr 2012 19:55:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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