« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Génocide du peuple wê: La Jfpi sur les traces de l’horreur

Duékoué. Ville martyre. Ville qui a payé le plus fort prix à la rébellion armée depuis 2002 et également dans la crise postélectorale. C’est cette ville mythique qui a accueilli, les vendredi et samedi derniers, la délégation du bureau exécutif de la Jfpi. Avant la remobilisation de ses troupes, Nestor Dahi, secrétaire national de la Jfpi, a touché du doigt les souffrances vécues par le peuple wê à Duékoué, en visitant les villages de Guitrozon et Carrefour Duékoué qui ont subi des attaques meurtrières des Forces nouvelles et des milices qui leur sont proches.
Vendredi, c’est Kahan Bohin Maurice, chef du village de Guitrozon, qui a accueilli la Jfpi. Pour lui, même si ses parents et lui ont pardonné les attaques meurtrières des villages de Guitrozon et Petit Duékoué, ainsi que du campement Diapahi, dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2005, et qui a officiellement fait 145 morts, ils ont un devoir de mémoire. Ils ne veulent donc pas oublier et souhaitent que la Côte d’Ivoire s’en souvienne pour que pareille atrocité, pour des ambitions politiques, ne se reproduisent. Car, jusqu’à présent, beaucoup de ressortissants de ces villages ne veulent pas y retourner à cause des traumatismes subis, des cicatrices indélébiles ou de la phobie. Il se trouve des chasseurs traditionnels, les dozo, supplétifs des Frci, et les corps habillés qui exhibent toujours leurs armes en plein jour.
Après la visite de courtoisie, la délégation s’est rendue sur les 3 fosses communes à l’entrée de Guitrozon qui ont servi à la sépulture des innocentes personnes assassinées dans leur sommeil. C’était à deux pas d’un camp militaire de l’Onuci, censé être une zone tampon pour éviter les massacres survenus.
Dans la soirée de vendredi, c’était au tour de Zéhia Dénis, chef du village de Carrefour Duékoué, de recevoir la Jfpi. Là, Nestor Dahi et ses camarades apprennent du chef que l’attaque de son village, le 29 mars 2011, a fait environ 1000 morts. 7 fosses communes ont été visitées le lendemain matin. Elles sont reconnaissables, car délimitées par des fleurs ou des pierres, pour être facilement repérables.
Podé Vincent, notable et secrétaire du chef, explique. «Carrefour Duékoué abritait les déplacés de guerre en transit pour Abidjan ou d’autres villes. C’est l’Onuci qui a mis les corps dans des fosses communes, car le village avait été abandonné. Nous connaissons nos bourreaux, mais nous avons pardonné. Les populations meurtries s’attendent toujours à un soulagement ou à un dédommagement de l’Etat…»

Herman Bléoué envoyé spécial
In Notre Voie

Wed, 10 Jul 2013 09:08:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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