Or, il y avait à boire et à manger dans ce bout phrase. Tant et si bien que de nombreux téléspectateurs s’y sont arrêtés. Chacun avec une interprétation de son cru. Pour certains, en voulant faire de l’esprit, le ministre s’est essayé à un jeu de mots qui a dénaturé ses propos. Au point où, selon eux, «lui-même aurait du mal à trouver une explication cohérente à ses propos». Pour d’autres, «Hamed Bakayoko n’a fait que dire tout haut ce que les autres [le régime] pensent tout bas». Pour eux, le « … Je préfère la justice des vainqueurs au cimetière des vaincus…» n’est rien moins qu’un conseil adressé à ses adversaires politiques du Fpi qui « devraient s’estimer heureux d’être encore vie ; car il vaut mieux être vivant et subir la loi des vainqueurs que d’être vaincus et au cimetière».
Cette interprétation, du reste largement partagée par les Ivoiriens, est sans doute à l’origine du dernier communiqué de presse de la Lidho (Ligue ivoirienne des Droits de l’Homme) du 3 juillet, qui s’insurge contre ces propos du ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur du régime Ouattara. Car, pour la Lidho, «ni la justice des vainqueurs, ni le cimetière des vaincus n’est souhaitable. Il ne peut donc exister de choix entre l’un et l’autre. La seule justice possible et celle souhaitable dans un Etat de droit comme le nôtre est une justice équitable…» Une position, de toute évidence, aux antipodes de celle de certains des pro-Ouattara au sein du pouvoir qui s’étonnent et même s’offusquent des «exigences» du Fpi qui «doit comprendre qu’il a été vaincu et devrait se soumettre». Car, de leur point de vue, depuis le 11 avril 2011, les militants du Fpi, qui ont survécu à la fureur des vainqueurs, devraient s’estimer heureux d’être tolérés sur le territoire national. A leurs yeux, c’est un moindre mal d’avoir à subir la loi du vainqueur.
Vus sous cet angle, les propos du ministre Hamed Bakayoko sont une suite logique à ceux du Secrétaire général du Rdr tenus à Daloa, il y a 1 an. Cet ensemble de mots permet de comprendre un peu mieux pourquoi le respect des Droits de l’Homme est le cadet des soucis des gouvernants actuels. Ils fonctionnent dans le schéma de la loi du vainqueur. C’est cela qui explique les violations de domiciles, les arrestations arbitraires, les séquestrations de biens privés mobiliers, le gel illégal de comptes bancaires, l’occupation abusive de patrimoines privés… L’assaut sur le siège du Fpi pour y enlever Justin Koua, le leader des jeunes est le dernier acte en date. Pour ouvrir les yeux du Fpi. Qui a le choix entre se soumettre ou aller rejoindre les vaincus au cimetière. C’est tout simple !
B.F.M.
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Wed, 10 Jul 2013 09:11:00 +0200
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