« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Ghana : la folie des cercueils insolites Pimp my coffin !

Cette tradition nouvelle est généralement attribuée au Ghanéen Kane Kwei. Dans les années 50, ce jeune menuisier eut l’idée fantasque de réaliser un cercueil en forme d’avion pour sa grand-mère, dont le rêve était d’emprunter, un jour, ce moyen de transport. Cette création marqua le début du succès et l’avènement d’autres menuisiers de la même trempe comme Paa Joe qui fut l’apprenti de Kane Kwei, Ataa Oko, Kudjoe Affutu, Eric Kpakpo et bien d’autres… Au point d’ailleurs de susciter quelques vocations, comme ce fut le cas d’Eric Adjetey Anang, petit-fils de l’illustre Kane Kwei. Aujourd’hui créateur de cercueils, il ne regrette pas de s’être lancé dans l’entreprise familiale, même s’il avoue ne jamais avoir pensé à faire ce métier : "Mon bac en poche, j’ai voulu aller en Faculté mais pour des raisons financières j’ai dû changer de voie. Alors, j’ai décidé de reprendre l’activité de mon grand-père. Au début, j’avais peur que les gens se moquent de moi, qu’ils ne comprennent pas que je veuille être menuisier alors que j’avais fait des études. Et puis après, ce sentiment s’est atténué, ce que que je voulais réellement c’était développer l’activité et faire revivre le nom de mon grand-père".

Un pari gagné pour Eric Adjetey Anang qui parcourt désormais le monde grâce à ses créations. Les États-Unis, la Corée du Sud, la France, la Belgique, tous ces pays exposent ses cercueils insolites. Des objets qui, au fur et à mesure du temps, ont été élevés au rang d’œuvres d’art. Révélés pour la première fois au centre Pompidou en 1989, ces cercueils figuratifs ont ensuite été exhibés dans de nombreux musées d’art à travers le monde. Au point de faire des adeptes au-delà même des frontières du Ghana.

La mort vous va si bien

Pourtant, cette pratique était au départ propre au groupe ethnique des Ga, établi dans la région côtière méridionale du Grand Accra. "Les Ga appartiennent à une minorité ethnique qui possède sa propre langue, religion et culture. Bien que les Ga soient pour la plupart chrétiens, leurs traditions religieuses sont également très vivantes et jouent, aux côtés du christianisme, un rôle important dans la vie politique et culturelle. Quelle que soit leur obédience religieuse, les Ga accordent la plus grande attention aux rituels d’enterrement", explique Regina Tschumi, ethnologue et historienne de l’art suisse. Cette extrême attention est l’une des conséquences de leur conception de la mort. "La mort n’est pas considérée comme une fin définitive mais comme un moment de transition. C’est le clan qui choisit la forme du cercueil pour le défunt. On est ici dans une logique communautaire qui permet de montrer le prestige de la famille, et d’anticiper sur la construction d’un nouveau statut pour le défunt", observe Patrick Baudry, sociologue et chercheur associé au Laboratoire d’anthropologie des institutions et des organisations sociales (CNRS, Paris).

So british

Ces cercueils, au départ issus d’une tradition africaine, ont su s’exporter et conquérir un public britannique. Cependant, la démarche semble avoir été quelque peu modifiée. En Angleterre, à la différence du Ghana, la famille n’a pas son mot à dire et c’est le défunt qui décide de son cercueil. Selon Patrick Baudry, cet engouement occidental correspondrait à un procédé individualiste propre à nos sociétés. "On est ici dans une anticipation de nos propres funérailles. Cela s’inscrit dans une logique individualiste qui correspond à une pensée libérale de l’individu qui doit s’auto-construire et gagner sa liberté. Les personnes veulent désormais s’emparer de leur mort pour exprimer leur singularité". Une tendance bien comprise par certains fabricants britanniques qui se sont lancés dans l’activité. C’est le cas de l’entreprise Vice Fearn qui depuis 2000 s’est spécialisée dans la fabrication de ces cercueils figuratifs baptisés "Crazy Coffins". En Angleterre comme en Ghana, les cercueils ont commencé leur longue procession.

Par Stéphanie Plasse in fluctuat.premiere.fr

Crédits photos : ©Eric Adjetey Anang (stylo bic et raie manta ) et ©Jean-Michel Rousset (avion et poisson)

Sat, 20 Oct 2012 12:10:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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