En un mois, le conseil des ministres a approuvé deux collèges des membres de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca). Il ne s’agit pas seulement d’un cafouillage administratif, mais bien de l’aveu officiel de la politique de « rattrapage ».
Une bizarrerie. Une autre. Comme le régime Ouattara en a pris l’habitude. Le 7 juin dernier, le collège des 12 membres de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (Haca) a été installé officiellement par le ministre de la communication Diakité Coty Souleymane. Deux semaines plus tôt, soit le 23 mai, le conseil des ministres présidé par le chef de l’Etat Alassane Ouattara avait, en effet, approuvé la nomination des douze membres de cette institution issus de différentes structures pour un mandat de trois ans.
Alors que ce collège est censé être au travail, le dernier conseil des ministres, celui qui s’est tenu le mercredi 27 juin à Yamoussoukro, approuve une nouvelle liste de membres de la Haca sur laquelle apparaissent deux nouveaux noms en remplacement de deux anciens. Ainsi, Fausseni Dembélé et Nagana Salimata disparaissent pour faire place à Assa Irène Vieira et Serge Coffie.
Que s’est-il passé pour que deux membres de la Haca soient remplacés moins de trois semaines après leur installation officielle ?
La question trouverait sa réponse dans une tentative du pouvoir actuel d’atténuer sa politique de rattrapage ethnique (une discrimination au profit de l’ethnie du chef de l’Etat) longtemps dénoncée par l’opposition. Une critique récemment reprise à son compte par le Pdci-Rda, membre de la coalition au gouvernement.
En effet, sur les douze membres de la Haca nommés par le conseil des ministres du 23 mai 2012, huit avaient un nom à consonance nordique. Selon des sources crédibles, M. Ouattara est de plus en plus agacé par les critiques contre cette forme de tribalisme qui devient la marque déposée de son régime. Surtout qu’à l’évidence, le rattrapage ethnique a plongé le pays dans un climat de division et de suspicion entre Ivoiriens et discrédité le discours sur la compétence supposée de l’équipe en place. La chose a pris une ampleur telle que celui qui a longtemps combattu l’ivoirité a du mal à justifier ses choix. Il aurait donc donné des instructions dans le sens d’un certain rééquilibrage. Rattraper le rattrapage en quelque sorte.
Mais, voilà, le mal est déjà fait. En un peu plus d’un an, les dégâts sont énormes. Des centaines de nominations ont été faites uniquement sur la base de l’appartenance à une région. De sorte que quand, au niveau de la Haca, on tente redresser les choses, on aboutit quand même à six nordistes sur douze membres. C’est sûrement moins qu’avant, mais ça reste énorme. Sûr qu’il ne sera pas facile de convaincre ceux qui ont déjà été nommés qu’ils doivent céder leurs places pour des raisons ethniques.
Augustin Kouyo in Notre Voie