Cette disposition s’applique a fortiori à l’Assemblée nationale ». Ici, l’ex-chef rebelle montre son goût pour la manipulation des textes tant que cela lui permet d’avancer. La décision prise par le Président Laurent Gbagbo de permettre à tous les signataires de l’accord Linas-Marcoussis de se présenter à l’élection présidentielle résulte d’un accord signé à Pretoria (Afrique du Sud) entre les différenties parties ivoiriennes au conflit. Dans cet accord, il n’est dit nulle part que cette disposition s’appliquait aux candidats à la présidence de l’Assemblée nationale. Ouattara a voulu récompenser celui qui l’a aidé à «mélanger le pays» comme il l’a affirmé à Dabakala en juillet 2002 lors de la campagne pour l’élection des Conseils généraux, et enfin de prendre le pouvoir. Le faisant, Ouattara lance un message à la communauté nationale et internationale qu’il n’est pas prêt à livrer GuillaumeSoro Kigbafori à la Cpi.
Cpi : moi pas concerné
D’ailleurs, sur ce sujet, Soro dit ne rien craindre. Car il n’y a rien le concernant. « Je n’ai ni été convoqué ni entendu par la Cpi parce qu’il n’y a rien me concernant (…). Je suis serein. (…) Les Fn ne sont entrées dans la guerre que pour y mettre un terme. Ni l’origine ni le niveau des crimes commis ne sont donc comparable », soutient-il. Pourtant, on voit bien que Soro reconnait qu’il y a eu des crimes commis par ses soldats. Mais, pour lui, ce ne sont pas des crimes graves que d’avoir tué en 48h, selon les organisations de défense des droits de l’homme, 800 personnes à Duékoué, par exemple. Tout au plus, il se dit prêt à livrer quelques uns de ses chefs de guerre. « Si certains comzones sont poursuivis par la Cpi, ils devront en répondre, mais cela s’arrêtera là », assure Soro. Il confirme ainsi ce qui se dit sous les manteaux, à savoir que pour faire croire qu’il y a de l’impartialité, des chefs de guerre seront livrés à la Cpi. En fait, des seconds couteaux. Pour montrer son arrogance et pour dire que rien ne pourra lui arriver, Soro compare sa situation à celle de Joseph Kabila, chef de l’Etat de la Rdc, un ex-chef de guerre qui n’a jamais été inquiété. Contrairement à son ex-Vice président, Jean-Pierre Bemba, aussi chef de guerre, qui est en ce moment à la Cpi. « La Cpi va juger Jean-Pierre Bemba ; elle n’a pas que je sache, mis en cause Joseph Kabila », se délecte Soro.
Négation des crimes de 2002 et 2004
Sur les crimes de Bouaké (octobre 2002) et de korhogo (juin 2004), Guillaume Soro Kigbafori qui a fait la guerre à la Côte d’Ivoire pendant 10 ans s’en moque. Personne dans son camp ne doit être jugé pour ce qui s’est passé. «Des jugements ont été prononcés, des sanctions sont tombées contre les responsables. Je vois mal la cour remettre cela en question», affirme Soro pour dire qu’il ne craint pas la décision de la Cpi d’étendre ses investigations jusqu’en septembre 2002. Quels jugements ont été prononcés par quelle juridiction depuis septembre 2002 ? A propos des gendarmes et leurs familles massacrés à Bouaké. Quels sont les auteurs qui ont été jugés et condamnés ? Et par quelle justice ? A propos des tueries de Korhogo par étouffement dans un conteneur. Le chef de guerre Fofié Kouakou a été accusé par les organisations de défense des droits de l’homme comme étant l’auteur. Soro affirme qu’il y a eu des jugements et des sanctions. Pourtant Fofié est là. Mieux, il a eu de la promotion comme pour le féliciter. En fait, l’interview de Guillaume Soro Kigbafori montre un homme suffisant et arrogant prêt à prendre le pouvoir au cas où son mentor n’irait pas dans la direction voulu. «Nous avons gagné, nous avons pris Yamoussoukro puis Abidjan et j’aurais fort bien pu, dans la foulée, ramasser la mise (le pouvoir, ndlr) pour moi. Or, je ne l’ai pas fait », rappelle Soro comme pour dire qu’il pourrait le faire à tout moment.
Coulibaly Zié Oumar in Notre Voie
Wed, 21 Mar 2012 02:09:00 +0100
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