« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Kambou Difilé,secrétaire général de la Fédération Fpi de Bouna : «Les arrestations arbitraires ne font que renforcer notre foi militante »

Notre Voie : Quel regard portez-vous sur les 13 mois d’opposition du Fpi ?

Kambou Difilé : Depuis le 11 avril 2011, le Fpi vit pratiquement en clandestinité. Le parti a failli être dissout par les nouveaux tenants du pouvoir. A cela, il faut ajouter le fait que le parti a été amputé de sa direction. Dans ce contexte, le premier défi majeur était de faire en sorte que cette formation politique soit présente pour défendre nos idéaux. Ce pari a été relevé. Je dirais même que nous avons remporté une grande victoire. Pour le reste, on peut dire que le bilan est mitigé. Je suis responsable de fédération. A ce titre, je sais qu’à la base, les militants sont bien en place. Ils sont à l’écoute des consignes de la direction. Il y a quelques semaines, la direction intérimaire a organisé un congrès qui a été un succès. Des résolutions importantes ont été prises. Il faut rapidement que ces décisions soient suivies d’effets concrets.

N.V. : Pensez-vous que la direction intérimaire a été à la hauteur des attentes ?

K.D. : La direction intérimaire a travaillé et oeuvre encore dans un contexte très difficile. Les manifestations sont violemment réprimées, les militants sont systématiquement traqués. Le Fpi étant un parti de combat, nous devons lutter ensemble avec la direction pour surmonter ces obstacles. Si le parti existe toujours, alors, il y a de l’espoir. Nous revenons de loin. Les responsables actuels réussissent à tirer leur épingle du jeu parce qu’ils ont été bien formés. Regardez, aujourd’hui, tout le patrimoine du Fpi a été détruit ou pillé. Nous avons tout perdu et nous sommes dans un environnement très hostile. Je pense que tout le monde devrait en tenir compte.

N.V. : Que pensez-vous de la violence contre les militants du Fpi ?

K.D. : Le pouvoir actuel a arrêté de faire de la politique et c’est vraiment dommage. Avant d’être des militants du Fpi, nous sommes des Ivoiriens. A ce titre, on devrait être traités avec les mêmes égards que les autres citoyens Ivoiriens. Malheureusement ce n’est pas le cas. Quand tu es militant du Fpi, on peut te battre, t’arrêter et même te tuer en toute impunité. La presse et les organisations de défense des droits de l’homme dénoncent régulièrement ces exactions, mais les autorités font la sourde oreille. Elles font exprès, parce que pour elles, c’est une forme d’intimidation. Mais cela ne peut pas durer. Il faut y mettre fin parce que ça n’arrange rien. Ceux qui sont au pouvoir doivent comprendre que le peuple ivoirien est suffisamment éprouvé, même s’il ne réagit pas encore.

N.V. : Face aux intimidations, les militants du Fpi ne vont-ils pas céder à la peur ?

K.D. : C’est que ce que le pouvoir recherche, mais c’est l’effet contraire qui se produit. Car les arrestations et les intimidations ne font que renforcer notre foi militante.

N.V. : Le FPI est quant même absent sur le terrain politique…

K.D. : La lutte ne se résume pas qu’aux meetings. Le fait que nous soyons-là en tant que parti politique incontournable constitue déjà un facteur de motivation. Aujourd’hui, les Ivoiriens ont largement plus de sympathie pour nous qu’envers les autres. Parce qu’ils savent que nous souffrons. Le Fpi est plus que jamais porteur d’espoir et d’espérance. C’est dur aujourd’hui mais je suis convaincu que ça va aller. Ce n’est pas la première fois que nous sommes dans une situation similaire. Mais nous avons toujours su trouver les moyens de défaire l’étau. Nous nous en sortirons parce que nous sommes dans le vrai.

Interview réalisée par César Ebrokié

Wed, 11 Jul 2012 22:08:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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