« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

La réconciliation nationale en panne: Ouattara est prévenu

C’est que l’atmosphère politique de ces derniers temps, meublée par des discours virulents des hommes politiques, ne donnent pas de bons signes pour la réconciliation nationale et le retour à la paix. Le lundi 25 juin dernier, c’est la délégation de l’Union Européenne (UE) à Abidjan qui a pondu une déclaration dans laquelle elle « s’inquiète de la montée en puissance d’un discours virulent parmi la classe politique et les médias ivoiriens. Ce genre de propos a par le passé attisé la haine et les conflits. Ils nuisent aujourd’hui au processus de dialogue et de réconciliation nationale souhaité par le Président de la République et les citoyens, qui aspirent à vivre en paix ».

Avant l’UE, c’est l’ONU qui tirait la sonnette d’alarme le mercredi 20 juin 2012 dans une déclaration faite par le représentant de Ban Ki-moon en Côte d’Ivoire, Bert Koenders. « L’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) est préoccupée par le retour d’une nouvelle vague de dérives de langage et de propos virulents de certains acteurs politiques relevés dans les médias ivoiriens. Considérant le rôle néfaste que la violence verbale a joué dans les crises successives ayant secoué le pays depuis 2004, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la Côte d’Ivoire, Albert Koenders en appelle au sens des responsabilités des acteurs politiques et au respect du Code de bonne conduite qu’ils ont adopté, le 24 avril 2008 à Abidjan, en présence du Secrétaire général de l’ONU ». Si ces déclarations interpellent au plus haut niveau les acteurs de la scène politique ivoirienne, elles s’adressent surtout au chef de l’Etat Alassane Ouattara. Lui qui a pris le pouvoir dans des conditions difficiles et fait face au défi de réconcilier les Ivoiriens, devrait veiller à ce que le bon ton gouverne le discours politique.

Après la douloureuse crise post-électorale qui s’est soldée officiellement par 3000 morts, la Côte d’Ivoire a en effet et plus que jamais besoin de réconciliation et de paix pour son développement. Et celui qui devrait en être le garant, c’est bien le président de la République. Comme un bon père de famille, il devrait pouvoir rassembler tous ses enfants, sans distinction, des plus sages aux plus récalcitrants, avec pour ultime objectif de garantir la paix et la cohésion au sein de la famille. Faut-il le rappeler, à sa prise effective de fonction après le 11 avril 2011, date de la chute de l’ancien régime, le président Ouattara avait inscrit en bonne place sur son agenda, la réconciliation entre les Ivoiriens.

Il s’était engagé, face à la communauté internationale qui l’avait soutenue dans sa bataille contre Laurent Gbagbo, à réunir les Ivoiriens autour de sa personne, en tant que « président de tous les Ivoiriens ». Il a même mis en place une Commission Dialogue Vérité Réconciliation (CDVR), signe que cet important processus lui tient à coeur. Mais cet engagement devrait certainement être accompagné d’actes forts et rassurants, surtout pour les partisans de l’ancien président qui ont fui le pays, de peur d’être jetés en prison ou tués.

Des actes forts attendus

Certes, le président Ouattara a effectué des voyages à l’extérieur, notamment au Ghana, au Togo, au Libéria, au Benin, où se trouvent des réfugiés ivoiriens, qu’il a invités à revenir au pays. Mais l’impératif de justice qu’il s’est imposé pour sonner la fin de l’impunité en Côte d’Ivoire, freine ce retour des pro-Gbagbo. Parmi lesquels, il faut le souligner, figurent de nombreux militaires, dont certains, le commandant Jean Nöel Abéhi, le colonel Alphonse Gouanou, sont soupçonnés de vouloir renverser le régime d’Abidjan. Une menace réelle que le chef de l’Etat peut écarter en prenant des mesures pour faciliter le retour de ces militaires en Côte d’Ivoire. Cela lui donnerait beaucoup plus de possibilités de veiller sur leurs faits et gestes en interne, plutôt que de les laisser à l’extérieur, d’où ils pourraient préparer des actions de déstabilisation.

Certains pro-Gbagbo, comme Charles Blé Goudé, leader de la galaxie patriotique sous l’ancien régime, souhaitent une amnistie générale, comme condition du retour en Côte d’Ivoire. Le président Ouattara pourrait explorer cette voie, comme cela a d’ailleurs été le cas sous le régime de son prédécesseur Laurent Gbagbo, pour absoudre les crimes commis à l’époque de la rébellion déclenchée en septembre 2002. Cette loi, il faut le noter, avait rassuré les membres de l’ex-rébellion dirigée par Guillaume Soro et permis le début d’une collaboration entre le régime Gbagbo et la rébellion du nord.

De plus, l’on se souvient que l’ex-président ivoirien avait, dans le cadre du dialogue direct, tendu la main au chef de l’ex-rébellion pour des discussions franches. Cela a conduit à la signature de l’accord politique de Ouagadougou, qui a permis de ramener une relative paix en Côte d’Ivoire jusqu’aux élections de sortie de crise. En un mot, la balle se trouve dans le camp du président Ouattara, qui devra se défaire de toutes les pesanteurs politiques pour engager des discussions franches avec son opposition en créant toutes les conditions requises pour sa bonne marche. Comme disait le vieux sage : « la paix, ce n’est pas un vain mot, mais c’est un comportement ». Place donc à l’action.

HAMADOU ZIAO in L’inter

Wed, 27 Jun 2012 00:52:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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