A quel objectif obéissait l’interview fleuve de Guillaume Soro à la RTI, le lundi dernier ? Après Rfi, le week-end écoulé, le premier ministre dont les mots raisonnent de plus en plus comme la nostalgie égrenée d’un fonctionnaire à la veille d’une retraite anticipée, était face aux journalistes de la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne. L’occasion fut belle pour les confrères de se faire l’écho des souffrances et préoccupations des populations de Côte d’Ivoire. De l’insécurité à la nomination du nouveau premier ministre, en passant par les rapports du pouvoir avec l’opposition ou encore les menaces de la CPI, ils ont souvent abordé les questions tel qu’elles sont débattues dans les cercles des indignés. Mais en face, un Guillaume Soro qui devait visiblement être mu par d’autres raisons inspiratrices de son interview commandée. Tout au long, il a paru dire exactement le contraire de la pensée qui gouverne pourtant ses actions depuis les révélations sur les tractations locales et à l’étranger, quant à son départ imminent de la primature. Il se dit prêt à plier bagage dès lors que cela serait le vœu du Chef de l’Etat. C’est vrai que depuis quelques jours Guillaume Soro sait que Ouattara doit tenir sa promesse faite aux différents partenaires dont le PDCI. Le parti de Bédié scrute d’ailleurs désormais les moindres gestes et propos de son allié qui, depuis la prise du pouvoir, le 11 avril, ne lui sert sa part du gâteau que du dos de la cuillère. De plus les éclats de colère qui secouent, sur fond de bastonnade du Président de la JPDCI, Kouadio Konan Bertin, la maison vert et blanc n’autorisent plus une longue attente. La pression, malgré les apparences au RDR, a fait effet. Devant une telle réalité pas besoin de parcourir le labyrinthe pour savoir quel message véhicule le discours de Guillaume Soro. Il est effectivement sur le départ, mais pas nécessairement de gré. Tout indique que s’il avait totalement le choix du poste comme en Avril il ne partirait pas à présent de la primature. Avant de se montrer officiellement disposé à céder le fauteuil au nouveau choix du Chef de l’Etat, le premier ministre est resté muet et invisible pendant une semaine avant que plus tard l’on ne découvre qu’il était en conclave avec ses compagnons des Forces Nouvelles à Bouaké. Une déclaration qui paradoxalement coïncidait avec le retour de M. Ouattara de son voyage officiel parisien. Depuis là-bas le sort de Guillaume Soro a été scellé, et aggravé ici par l’extrémisme de certains partisans du Chef de l’Etat, dont la débauche d’énergie destructrice n’épargne plus l’allié de poids qu’est le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire. La rencontre des deux leaders, Ouattara et Bédié, hier, après les prestations médiatiques successives de Soro s’inscrit dans une opération visant à rassurer les bases des deux partis mais aussi à clarifier au plus haut sommet les nouveaux points d’accord. Probablement cette semaine sera connu le nom du nouveau locataire de la primature. Il est bon de noter que si ce dernier est un produit du PDCI, il ne devrait pas être inconnu des cercles activistes pro-Ouattara, depuis son installation au palais présidentiel. Mais le départ de Soro correspond-il à une redéfinition des rapports entre Ouattara, ce dernier et ses compagnons sur qui pèsent les menaces d’une incarcération à la CPI ? Certains observateurs voudraient y voir un deal qui garantit, contre son départ en douceur, l’annulation des poursuites devant la cour pénale internationale.
Dékos Badaud i Aujourd’hui