« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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L’envers de la loi du talion

Les Saintes Ecritures nous enseignent par une formule lapidaire ce qu’est la loi du talion en la traduisant par œil pour œil et dent pour dent. D’une manière plus allégorique, elles nous disent que ce lui qui triomphe par l’épée, périt par l’épée. La sagesse populaire parle du ver qui est dans le fruit quand une action adverse a rapidement et facilement raison d’un pouvoir, car c’est bien de cela qu’il s’agit dans notre réflexion. Bien souvent, dans nos pays, il y a des gens qui font la politique du ventre à telle enseigne qu’ils mangent à tous les râteliers. Le jeune chanteur Soum Bill pour ce qui intéresse la Côte d’Ivoire a bien décrit cette frange de la population ivoirienne qui est à la fois avec le pouvoir en place et avec l’opposition. C’est dire qu’un peuple qui manque de conviction est un peuple perdu d’avance car, il est porté chaque fois à trahir le prince. Observons ce qui s’est passé au soir du règne des présidents Houphouët-Boigny, Bédié, Robert Guéï et enfin au moment où Laurent Gbagbo subissait son complot en avril 2011. Cet épisode riche en leçons, nous oblige à regarder un tant soit peu, dans le rétroviseur afin de rectifier le tir car ce qui s’est passé au golf hôtel suit en ce moment son épilogue. Pour les besoins de la cause, nous désignerons par prostitution politique, ce manque de conviction qui met un pied dedans et un pied dehors. Ensuite, nous ferons une approche d’explication du comportement du pouvoir en place en Abidjan, hier et aujourd’hui.

Le vieux métier du monde en politique

Un simple article de presse ne suffit pas à rendre compte de l’étendue de la politique prostituée à travers l’histoire des hommes. Cependant, notre contribution se charge simplement de lever des lièvres dans la brousse qui a si souvent envahi le terrain politique. Les complots sont possibles à partir des traitres, mais les hommes les plus dangereux sont ceux-là mêmes qui sont au cœur du pouvoir. Ils y sont bien installés, jouent les thuriféraires du chef qui naïvement, se croit indéboulonnable, pour utiliser une expression très à la mode en Côte d’Ivoire. Le jour, ils sont avec le pouvoir dont ils chantent la gloire et la nuit, ils sont avec l’opposition, car disent-ils il faut sauver son pain « en cas de cas[1] ». A chaque changement de locataire du palais présidentiel, les mêmes qui, hier chantaient la gloire de l’homme fort du moment, toute honte bue, viendront crier à qui veut les entendre, les dérives du régime passé. D’autres sont comme des sous-marins, on ne les voit pas, mais sont pourtant incontournables. Les Américains n’ont-ils pas raison de parler de l’administration de tel ou tel président ? Chacun vient et part avec ses hommes de confiance. ..

D’autres, sous le couvert de servir l’Etat parce que soit fonctionnaires soit militaires, prostituent leur talent ou leur savoir-faire. Ainsi, ceux qui le plus souvent sont au-dessus de tout soupçon, sont le problème que le pouvoir en place doit surveiller comme du lait sur le feu. Citer des noms dans la phase actuelle que traverse la Côte d’Ivoire serait, jeter en pâtures, certains de nos compatriotes. Cependant, s’ils parcourent ces lignes que nous couchons sur ce papier, ils se reconnaîtront… En démocratie, comme dans la vie en général, la roue tourne. On ne peut pas toujours être gagnant et le jour et la nuit. Au moment où le président Houphouët-Boigny était confronté au soulèvement de l’opposition d’alors, ceux qui livraient les secrets et travers du pouvoir étaient au cœur de celui-ci. Parfois, des décisions prises en conseil de ministres et qui ne sont pas publiées se retrouvaient dans les mains de Laurent Gbagbo. D’aucuns pouvaient allègrement dire que les services de l’opposition étaient très efficaces. Mais en réalité, c’était des gens de peu de conviction qui, pensant à ce que sera demain, prévoyaient de se faire des amis par avance dans le prochain pouvoir. Cela peut arriver quand le scoop vient de « radio Treichville [2]». En clair, plus que des fuites, ce sont des actes de traitrise posés par des individus soucieux de préserver pour demain, leurs privilèges actuels. Et quand cela se répète à grande échelle, la conviction fout complètement le camp. Mais celui qui a trahi aujourd’hui, peut-il être dans les bonnes grâces du nouveau pouvoir ?

L’attitude paradoxale du nouveau prince.

Celui qui a trahi s’attend à sa récompense, car l’ouvrier mérite son salaire. Mais celui qui se trouve en face d’un traitre, ne doit-il pas être méfiant, car qui a bu boira, dit-on ! Telle est l’une des explications du maintient aujourd’hui en détention, de certains des refondateurs ou de leurs proches. Nous savons que celui qui compose avec des Dozos et autres gens de peu de valeurs morales, ne peut rien apporter de bon à la Côte d’Ivoire. Cependant, on sait qu’au moment où le RHDP était reclus au Golf Hôtel, des gens au-dessus de tout soupçon ont trahi la république, en allant faire allégeance nuitamment à M. Ouattara pendant que le jour ils vociféraient des injures à son encontre. Nous avons été très malheureux quand des noms ont été cités de la bouche de quelqu’un qui était au « golf » au moment des faits. Notre interlocuteur disait avoir fait campagne pour Laurent Gbagbo et voté pour lui. Mais quand il a vu des proches aller et revenir du Golf Hôtel, ceux-là mêmes pour qui, il s’est retrouvé dans le soutien de la Majorité Présidentielle, le découragement a été dévastateur. Beaucoup sont certes simplement détenus pour ce que le commun des mortels connaît de leur conviction, mais d’autres par contre, ne sont pas dans les geôles ouattraciennes de façon fortuite. Ils ont des choses à se reprocher. Nous avons été dépités d’apprendre que d’autres aspiraient à être nommés ambassadeurs par Ouattara et qu’il leur était dressé gîte et couvert à chaque passage au « golf ». Mieux, pendant que Laurent Gbagbo était dans sa résidence présidentielle, un membre du golf lui aurait téléphoné pour lui demander ce qui se passe autour de lui, car l’ennemi suivait tous ses déplacements. Le lectorat comprendra qu’en ces moments gravissimes du régime, le président était avec ses vrais fideles d’entre les supposés fideles. D’où la question, quel était le ver caché dans la pomme au moment décisif ? Nous pouvons crier haro sur le baudet, mais Ouattara n’est pas plus bête qu’un autre. S’il agit d’une certaine manière, c’est qu’il a des raisons que tous n’avons pas. Hier, quand Laurent Gbagbo agissait d’une certaine façon, beaucoup de gens le critiquaient, mais le « woudy » avait sans doute ses raisons que le peuple ignorait.

On dit souvent qu’un peuple se donne les gouvernants qu’il mérite, mais les gouvernants ne sont-ils pas le reflet de ceux auxquels ils doivent gouverner ? Voilà pourquoi, quand le talion dit œil pour œil et dent pour dent, il faut également voir l’envers de cette loi et tout s’éclairera mieux. Nous ne lançons pas la pierre à tous les nôtres qui croupissent en prison, mais nous persistons et signons que beaucoup ont trahi Laurent Gbagbo comme ils sont en ce moment entrain de le faire à Ouattara. Quand les Ivoiriens vont-ils comprendre que la politique du ventre ne mène nulle part ? L’homme ne vaut que par sa parole…

Louis-Freddy Aguisso.

b[[1] Expression ivoirienne du petit peuple pour traduire la prévoyance.

[2] Du nom de Treichville, quartier populaire d’Abidjan. Information d’origine informelle proche de la rumeur, mais souvent fondée parce que venant d’un vrai sachant.]b

Sat, 17 Nov 2012 13:25:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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