« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Les leçons de «l’ADO-Dissolution» Ouattara prépare déjà son passage en force de 2015

Le PDCI doit, pour une fois, faire preuve de courage et penser à autre chose qu’au court terme. Car le RDR veut, aujourd’hui, ligoter toute opposition et imposer une hégémonie politique sans partage. Pour le compte de Ouattara aujourd’hui et de Soro demain. Il y a une décennie, dans un moment d’honnêteté intellectuelle et de lucidité, Laurent Dona-Fologo, alors secrétaire général de la formation politique portée sur les fonts baptismaux par Félix Houphouët-Boigny, disait que le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) n’avait pas «la culture de l’opposition». Par la suite, l’histoire lui a largement donné raison. Et toute la classe politique a, d’une certaine manière, pris acte de cette fragilité structurelle, qui pousse le «vieux parti» à toutes les compromissions dès lors qu’elles lui permettent de rester au plus près de la grande «mangeoire » nationale. C’est parce qu’il est persuadé que le PDCI n’aura jamais le courage de lui dire non et de se positionner jusqu’en 2015 dans l’opposition qu’Alassane Ouattara engage l’épreuve avec son allié. Le chantage est clair : ou vous vous solidarisez totalement de mon action – et des dérives de mes hommes –, ou vous rejoignez le FPI dans l’opposition, et vous serez traités avec la violence que je leur impose, et dont vous avez toujours été solidaires. Si même ses amis proches avouent qu’il n’a qu’une connaissance médiocre des Ivoiriens, de leur culture et de la sensibilité populaire, on ne peut pas nier qu’Alassane Ouattara est un stratège à long terme, qui a bâti toute sa politique de conquête du pouvoir sur une stratégie de la «tête» (avoir avec lui les dirigeants politiques et médiatiques occidentaux, avoir avec lui les dirigeants du PDCI, etc…). Là où Laurent Gbagbo, de son côté, est un tacticien, adepte du jeu «en contre» et de la stratégie du «bas» (jouer les masses populaires contre les assauts des oligarchies). Dès aujourd’hui, Ouattara anticipe ce qu’il pressent comme la stratégie du PDCI et qui consiste, selon son analyse, à jouir de toutes les douceurs de la présence au gouvernement, tout en prenant des distances avec la face obscure du régime (assassinats, torture, rattrapage ethnique, etc…), dans l’objectif de rallier, à moyen terme, les électeurs d’un FPI réduit à néant par le RDR… qui se sera sali les mains tout seul. Ouattara ne se fait aucun doute sur son déficit de légitimité démocratique. Il sait qu’il sera à jamais vomi par la moitié des Ivoiriens, qui se solidarisent avec Gbagbo et son martyre. Il sait aussi que bon nombre d’électeurs du PDCI, grisés par le marketing de l’agence de communication qui a fait sa campagne, et qui l’a présenté comme un pourvoyeur de «solutions» instantanées et un homme de la modernité, sont profondément désabusés. Son image de «technocrate compétent» s’est volatilisée, laissant poindre la réalité d’un pouvoir brutal, clanique et prédateur, s’appuyant sur des milices ethniques assassines. Si la parole leur est donnée, ils ne l’éliront pas en 2015. Ouattara veut empêcher que la réalité ivoirienne majoritaire qui lui a longtemps barré la voie – le front patriotique – ne ressurgisse pour le chasser du pouvoir. Il sait à quel point les hiérarques du PDCI, qu’il nourrit dans le but de les avilir, dépendent de ses grâces. Il a montré ses muscles à Kouadio Konan Bertin (KKB), impitoyablement maté pour des broutilles à Bonon, dans la continuité parfaite de son jeu de la terreur. «Trois ans, c’est long ! Il se dit qu’il a de toute façon assez d’inconditionnels au sein du «vieux parti» pour le faire éclater, d’autant plus que les rivalités sont exacerbées par l’absence de visibilité à moyen terme. Une absence de visibilité qui tourne autour de la question de la succession d’Henri Konan Bédié. Si elle ne veut pas offrir sur un plateau d’argent le sceptre du dictateur absolu à Alassane Ouattara, qui ne respecte que la force, la classe politique ivoirienne doit dès à présent faire preuve de courage. A eux deux, le PDCI et le FPI ont bien plus que la majorité absolue. Alassane Ouattara n’est pas dans la position d’avril 2011, et il ne peut se permettre d’imposer une terreur à visage découvert à ces deux forces coalisées qui, si elles se sont affrontées par le passé, n’ont jamais poussé le bouchon, quand elles étaient au pouvoir, aussi loin que le fait le toujours président du RDR. Ce n’est pas un mariage de cœur que doivent ébaucher les Ivoiriens qui tiennent à ce que les acquis démocratiques et nationaux soient préservés. C’est un mariage de raison et d’intérêts bien compris. En effet, si Ouattara veut faire place nette et imposer un RDR tout-puissant ayant à ses basques un PDCI troufion, c’est parce qu’il veut ouvrir la voie au règne de son seul véritable allié politique, qui ne cesse d’avancer et de pousser ses pions : Guillaume Soro.

Le Nouveau Courrier

Sun, 18 Nov 2012 20:52:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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