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Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Dissolution du Gouvernement Ahoussou : Le PDCI subit la dictature de Ouattara

Le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, à la surprise générale de ses alliés et ses partisans, a dissout le gouvernement le mercredi matin. Une dissolution taxée d’abusive, au regard des raisons évoquées, qui sont liées à des discussions au Parlement sur le projet de loi sur le mariage.
Le mercredi 14 novembre 2012 à 10h 50 minutes, débute le traditionnel conseil des ministres au Palais présidentiel du Plateau. Un Conseil des ministres expéditif, puisqu’il se termine cinq minutes plus tard. C’est qu’Alassane Ouattara a annoncé au Premier ministre et à ses ministres la dissolution du Gouvernement Ahoussou Jeannot. Raison unique, raison officielle, la grosse colère du chef de l’Etat suite au vote des députés du Pdci et de l’Udpci contre le projet de loi sur le mariage, introduit le mardi 13 novembre 2012 au Parlement. Les partis alliés du RDR que sont le PDCI et l’UDPCI venaient ainsi d’expérimenter la dictature sournoise du chef de l’Etat. Qui, selon les explications du secrétaire général de la Présidence, conçoit mal le fait que des députés membres de l’alliance du RHDP puissent contester un projet de loi émanant du gouvernement dont leurs partis politiques sont membres. Caprice politique ou véritable méconnaissance de la séparation des pouvoirs par Ouattara ? En tout cas, Alassane Dramane Ouattara, qui n’a jamais siégé dans un quelconque Parlement, contrairement à Félix Houphouët-Boigny, à Henri Konan Bédié et à Laurent Gbagbo, vient une fois de plus de donner la preuve de son allergie viscérale à tout ce qui renvoie à la démocratie. Lui qui est habitué aux allégeances et autres courbettes
depuis qu’il a pris les rennes du RDR puis depuis sa prise du pouvoir dans l’après-midi du 11 avril 2011. Il s’explique sans doute difficilement que le PDCI et l’UDPCI, qui n’ont jamais eu rien à redire à tout ce qu’il fait ou propose, aient courageusement dit non à «son» projet de loi sur le mariage consacrant l’égalité des sexes dans le foyer. Ce que cache la colère de Ouattara Si pour si peu, la rage dictatoriale du «tout-puissant » Ouattara s’est abattue, telle la foudre, sur le Pdci et l’Udpci, qu’en sera-t-il pour le projet de loi sur le foncier rural qui a toujours déchainé les passions même du temps de Bédié ? Qu’en sera-t-il lorsqu’il faudra modifier la Constitution, notamment dans ses clauses sur les critères d’éligibilité (article 35) qui nécessite une majorité des deux-tiers ? Si la Constitution n’est pas révisée, Ouattara pourra-t-il être candidat en 2015 en dehors du cadre des accords de Pretoria, qui avaient pour but d’organiser la sortie de crise? Pour certaines langues, le chef de l’Etat a choisi le mauvais prétexte pour casser son gouvernement, dont il voulait secrètement la peau depuis quelque temps. Las d’attendre le moment propice, Ouattara a choisi de rebondir sur un non-évènement pour couper les têtes au sein du Gouvernement. Sans consulter son «Julius Nyerere», Bédié en l’occurrence, sous la responsabilité de qui il avait juré gouverner, Alassane Ouattara met fin aux fonctions de ses ministres. La tête d’Ahoussou mise à prix ? L’actuel Premier ministre serait-il la principale cible de cette dissolution étrange du Gouvernement ? Rien n’est moins sûr. En tout cas dans les milieux politiques proches du pouvoir, cette éventualité alimente les conversations. Ce n’est un secret pour personne : Jeannot Ahoussou, au-delà des déclarations officielles, a toujours eu une cohabitation mi-figue mi-raisin avec le chef de l’Etat. Certes il est issu du PDCI, mais il n’était pas à l’origine celui qui avait l’assentiment de Ouattara qui avait une préférence pour Kablan Duncan à la place d’Ahoussou Jeannot, le protégé de Henri Konan Bédié. Ce qui n’a pas arrangé et facilité la «Primature» de Ahoussou qui a passé le plus clair de son temps à organiser les séminaires gouvernementaux et multiplier les audiences à son cabinet. Son influence et/ou impact sur l’action gouvernementale était moins visible. Parallèlement, il n’a jamais eu les mains libres comme Soro. Qui sous cape lui mettait les bâtons dans les roues. La primature Ahoussou était minée par les hommes de Soro. De plus, dans les couloirs du pouvoir, on accuse le Premier ministre d’avoir son nom cité dans plusieurs affaires sales de la République. Vrai ou faux ? Les langues se délieront tôt ou tard. Maintenant reste à savoir si Bédié laissera tomber si facilement son homme de main, Jeannot Ahoussou. Pour l’heure, le Pdci continue de pleurnicher en attendant la formation du nouveau gouvernement.

Le Nouveau Courrier

Sun, 18 Nov 2012 20:50:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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