« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Tribune

LETTRE A NOS AMIS OPPOSANTS

Ils sont les derniers à être intervenus sur la scène politique nationale. Ils pensaient avoir beaucoup à nous apprendre; nous les avons écoutés parce qu’ils étaient très proches de nous dans La Majorité Présidentielle (LMP) ; c’est même pour cela qu’à l’époque, nous leur avions confié certaines de nos missions pour la victoire de notre champion à la présidentielle de 2010.

*Henriette Lagou parcourait, le vent en poupe, toutes les contrées du pays, installant partout ses «2 millions de filles pour Gbagbo»; à sa vue, c’était partout la liesse populaire; les foules formaient des haies d’honneur ou se couchaient devant elle en signe d’adhésion et de gratitude.

*Gervais Coulibaly était, lui, partout happé par les foules, et il rassemblait des militants fidèles à notre cause et des électeurs incorruptibles pour notre parti.

Quant aux autres «bonnes volontés», Appia Kabran, Mel Eg Théodore, Boni Claverie, Laurent Dona Fologo…qui avaient déjà leurs partis politiques, ils rejoignaient, conscients de leur mission républicaine, les rangs des institutions ou gouvernements hétérogènes que Gbagbo formait pour instaurer la paix.

Tous, autour de notre leader, travaillaient donc à une meilleure compréhension de la politique que le CNRD (le Congrès National de la Résistance pour la Démocratie) –la force commune que nous avions créée- se proposait de réaliser pour emporter, contre le RHDP, l’adhésion du peuple.

Mais, il a fallu que Sarkozy et ses amis impérialistes s’immiscent dans nos élections; il a fallu qu’ils viennent remplacer, à coup de bombes, le président que nous avions élu; pour installer au pouvoir celui qui répondait le mieux à leurs intérêts! Il a fallu ce coup de force contre les intérêts du peuple, pour que change la donne!

Alors, les conditions de vie sont devenues dramatiques pour tous ceux qui, à un moment ou à un autre de leur existence, ont frayé avec le président Gbagbo que la France a renversé. Le nouveau régime dont la force a été décuplée par sa conviction d’avoir usurpé le pouvoir, ne veut rater aucune occasion de nous soumettre: gel de nos avoirs, occupation ou expropriation de tous nos biens meubles et immeubles, poursuites et emprisonnements, condamnation à un exil intérieur ou extérieur, dissémination de dozos et Frci à travers tout le pays et autour de chaque maison d’opposants pour les mater ou les tuer, suppression hebdomadaire des journaux de l’opposition…

Nous comprenons donc les motivations de nos amis qui veulent enfin vivre décemment et récupérer des mains des forces de répression du présent régime, ce qu’il reste des biens qu’ils ont amassés du temps des vaches grasses.

Nous les comprenons mais nous refusons qu’ils nous associent à leurs actes de légitimation d’un pouvoir illégitime.

Nous sommes, nous, des hommes et des femmes qui ont -les mains nues- vaincu le parti unique de Houphouët et la remise en cause -par Bédié- du multipartisme que nous avions obtenu; nous, qui avons bravé toutes les difficultés dont les précédents régimes obscurantistes ont jalonné notre parcours pour la liberté des Ivoiriens, nous savons que la victoire pour les libertés se trouve au bout de la lutte et non dans la capitulation!

Après avoir broyé la pierre la plus dure qui était le régime quarantenaire du PDCI, nous baisserions les bras de peur d’être brisés par un simple grain d’arachide?

Nous voulons, nous, qu’on nous laisse continuer de hurler à l’imposteur et expliquer notre situation de parti à qui on a volé sa victoire électorale; mais, nous sommes prêts également à croiser le fer –démocratiquement- avec cette coalition de partis non élus. C’est pour cela que nous disons comme, Akoun Laurent, que nous préférons mourir debout plutôt que de nous soumettre à un régime qui n’est pas le choix du peuple! Nous avons la conviction que ce chemin-là ne passe pas par une reconnaissance préalable du régime actuel.

Regardons alors –pour l’instant- les tenants actuels du pouvoir faire la fête et recouvrir du manteau du mensonge, l’origine des souffrances de notre peuple. Nous gardons la conviction de ceux qui savent qu’elles sont vaines toutes les tentatives de museler le coq pour l’empêcher d’annoncer le jour; les ténèbres finissent–toujours-par céder la place à la lumière du jour!

Nous voulons –pour finir- dire à ceux qui étaient des nôtres, que nous nous attelons à écrire, au jour le jour, les souffrances qui sont celles du peuple ivoirien, y compris les leurs ; que, pour avoir été de nombre de nos combats, ils savent qu’ils n’ont aucune raison de craindre des représailles de notre part.

Nous comprenons également qu’ils aient décidé de se regrouper- eux aussi- sous la bannière LMP (Ligue des Mouvements pour le Progrès) alors qu’ils étaient hier encore avec nous, regroupés au sein de La Majorité Présidentielle (LMP). Cette ambigüité qu’ils veulent entretenir ne sera pas une matière à polémique comme ce fut le cas – en son temps- entre les militants du PDCI-RDA et ceux du RDR naissant. Ayant en leur sein de grands intellectuels, trouver une appellation qui leur convienne aurait été chose facile.

Nous considérons que ce choix est fait pour s’éviter les inévitables déboires que le peuple réserva au premier qui, sur ce chemin risqué s’aventura…..

Il est de notoriété que leur devancier est, en effet, contraint de raser les murs et de se rappeler au souvenir du peuple combattant; il pense y parvenir en lançant, de temps en temps, des « coups de gueule » contre le nouveau régime qu’il a pourtant aidé à légitimer; il le fait sur les chaînes étrangères qui lui avaient fait un triomphe pour s’être enfin séparé du président Gbagbo!

Ils savent bien, nos nouveaux convertis à l’idéologie du nouveau pouvoir, que leur prédécesseur était lui aussi une icône de référence au sein du FPI; que tous les meetings qu’il organisait au nom de ce qui était alors aussi son parti politique refusaient du monde ; que les militants qui venaient l’écouter redoublaient de dithyrambes à l’endroit d’un cerveau si bien fait, si imprégné de la lutte du FPI pour le bien-être de tous les ivoiriens, si connaisseur des attentes du peuple ivoirien!

Ils voient bien, nos prosélytes à la cause du RHDP, comment a cependant été réduit à sa plus simple expression-lors des honteuses «législatives du RHDP»- ce leader surtout à cause de son effort de légitimation d’un pouvoir illégitime!

Nous leur conseillons simplement de nous laisser aller notre chemin. Dans notre cheminement pour la démocratie, jamais nous n’avons envisagé de refuser de nous retrouver un jour dans l’opposition; nous avons mené nos luttes avec cette perspective à nos côtés. Nous souffrons, certes, de nous y voir contraints par un régime vainqueur par procuration d’une guerre impérialiste; mais, nous savons que ce régime autocratique passera comme tous les autres.

Ils sont toujours nos amis opposants et puisqu’ils semblent être revenus au pays avec des idées qu’ils croient nouvelles, il nous fallait leur parler pour que tout soit clair entre nous!

GUIPIGOU Kriblos

Wed, 19 Sep 2012 16:17:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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