« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Enquêtes sur l’assassinat de Boga Doudou: Les révélations d’Alain Dogou

Il y a 10 ans, une horde de rebelles conduite par Guillaume Soro endeuillait la Côte d’Ivoire en faisant des morts par centaines dans la seule nuit du 18 au 19 septembre. Au moment où le procureur militaire Ange Kessy Kouamé décide d’ouvrir une enquête sur la seul mort du général Guéi, Alain Dogou, directeur de cabinet du ministre Boga Doudou au moment des faits, dit sa part de vérité.

Je voudrais d’abord préciser que j’étais à l’époque des faits, le directeur de cabinet du Ministre d’État, Ministre de l’intérieur, Me Boga Doudou Émile. Je voudrais ensuite indiquer que le directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur que j’étais avait en 2002, sous son autorité directe, la Direction des Renseignement Généraux (DRG) et la Direction de la Surveillance du Territoire (DST). En outre, après l’assassinat du ministre Boga Doudou le 19 septembre 2002, j’ai assuré une sorte d’intérim pendant 10 jours, jusqu’à la nomination de Paul Yao N’dré dont je fus aussi le directeur de cabinet.

Relativement aux contraintes de ces fonctions, et pour la paix sociale mais surtout, pour la cohésion des Fds dont certains occupaient et occupent encore aujourd’hui, des postes sensibles, je me suis volontairement gardé de toute déclaration et témoignage publique sur cet épisode malheureux de l’histoire de notre pays.

J’ai pourtant témoigné sous serment, à deux reprises, pendant 4 heures devant les membres de la Commission internationale d’enquêtes de l’Onu et pendant 6 heures, devant les membres de la Commission nationale parlementaire d’enquêtes présidée par le député Kabran Appia. J’ai simplement constaté que les rapports des travaux de ces deux importantes commissions n’ont jamais été rendus publics.

Enfin, relativement à une fausse polémique qui a cours sur l’absence de plainte de la famille du Ministre Emile Boga Doudou, je voudrais indiquer que le Ministre Boga a été lâchement assassiné dans la cour de son voisin après l’attaque de sa résidence officielle par des rebelles munis d’obus et de lance-roquettes. L’enquête concernant sa mort s’inscrivait dans celle relative à la tentative de coup d’Etat contre l’État de Côte d’Ivoire. Cette enquête avait été officiellement confiée à la Gendarmerie nationale de Côte d’Ivoire à travers la Brigade de recherches. L’enquête relative à l’assassinat du Ministre Boga était donc “sectorielle” dans l’enquête globale d’atteinte contre la sûreté de l’État de Côte d’Ivoire.

J’ai moi même à l’époque, rendu des visites de terrain, aux enquêteurs de la Gendarmerie nationale, pour m’assurer de l’évolution du dossier. L’enquête avait donc été menée à terme, selon le rapport qui m’en avait été fait. Il en est de même de l’enquête parallèle spécifiquement axée sur sa mort, que j’avais demandée à la Direction de la police criminelle de la Police nationale dont le ministre Boga était le premier responsable. Je peux affirmer que les deux enquêtes ont été entièrement bouclées et les officiers enquêteurs sont encore en poste dans les différents services de police et de gendarmerie.

Seulement, la Côte d’Ivoire était engagée dans un processus politique de sortie de crise et la question préjudicielle qui s’était posée aux dirigeants de l’époque était relative à l’opportunité de poursuite…dans la mesure où selon l’inclinaison des rapports, cela devait être un procès en responsabilité et non en culpabilité.

Or, ceux qui avaient revendiqué la responsabilité de la rébellion étaient au gouvernement de la République et parcouraient les capitales africaines à la recherche de solutions politiques de sortie de crises. Ce n’était donc pas une affaire d’absence de plainte de membres de la famille du ministre défunt mais, d’opportunité stratégique, relativement au processus de paix engagé pour la survie de la nation.

Aujourd’hui, dix ans après le contexte, les commentaires sont libres mais, dans le droit positif ivoirien, les crimes de sang sont imprescriptibles.

Alain Dogou

Ancien directeur de cabinet du ministre d’État

ministre de l’Intérieur Emile Boga Doudou

Wed, 19 Sep 2012 16:15:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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