« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

L’image venue du Ghana

Ce weekend, deux images ont retenu notre attention. Toutes deux sont relatives à la disparition du Président John Atta-Mills du Ghana. D’un côté, le chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara qui, ayant assisté aux obsèques, est revenu en Côte d’Ivoire déplorant la perte d’un homme de paix et de rassemblement, un ami de notre pays. De l’autre côté, une population ghanéenne, affligée par le départ inattendu de son leader, mais digne et unie dans la douleur. Avec eux, en pleurs aussi, les Ivoiriens contraints à l’exil et bénéficiant de l’assistance des autorités de ce pays depuis la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. Ils saluent, pour leur part, la mémoire d’un digne héritier de Kwame Nkrumah, un panafricain. Ouattara rend aussi hommage à celui qui, sur son sol, accueillait des compatriotes et rassurait par ses engagements le pouvoir ivoirien sur les garanties sécuritaires. Ces deux images que les propos des uns et des autres paraissent confondre en une seule sont loin de s’accepter mutuellement. Les exilés ivoiriens, eux, ont de bonnes raisons de saluer en la mémoire de John Atta-Mills un protecteur. Sous son autorité, ils ont été chaleureusement entourés par le Ghana. Combinant générosité étatique et audience de ses illustres fils, dont l’ancien Président Jerry Rawlings, en Afrique et dans le monde, le Ghana a progressivement dressé un bouclier diplomatique et humanitaire au profil de la résistance ivoirienne. Les multiples mandats d’arrêts délivrés par le pouvoir ivoirien contre les dignitaires de l’ancien régime se sont souvent heurtés au mur de silence d’Acra. Pendant que dans le même temps John Jerry Rawlings se battait aux côtés du Sud-Africain, Thabo Mbeki, pour obtenir l’élection de Dlamini Nkosazana-Zuma à la tête de la Commission Africaine afin de lui insuffler un dynamisme nouveau, la mettant à l’abri des manipulations infantiles et grossières observées dans les situations libyenne et ivoirienne de 2010. Personne n’est dupe, vue d’ailleurs à cette occasion la bataille rangée entre les pro-occidentaux, au nombre desquels figure le Chef de l’Etat ivoirien, et les partisans de l’Afrique libre, la présence des réfugiés ivoiriens au Ghana ne saurait objectivement engendrer des élans de reconnaissance de la part des nouvelles autorités de la Côte d’Ivoire. L’actualité y souscrit largement. En effet, les attaques du weekend de l’indépendance qui ont fait officiellement 11 morts sont attribuées à des assaillants qui, selon les autorités, auraient des accointances au sein des pro-Gbagbo au Ghana voisin. La logique aurait donc voulu que diligence soit faite pour les mettre hors d’état de nuire. C’est pourquoi les éloges au défunt président, en ce qu’elles impliquent une reconnaissance de l’Etat de Côte d’Ivoire pour l’exil accordé aux Ivoiriens sonnent comme un paradoxe. De la même façon que les grades attribués aux officiers de l’armée au lendemain des attaques perpétrées au cœur de du camp militaire d’Akouédo. Dans l’entourage du Chef de l’Etat l’on estime qu’il ne pouvait faire autrement d’autant que cette opération de distribution de grades était prévue depuis bien longtemps. Elle faisait parti des gestes forts, destinés à marquer le 52e anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire. Un général quatre étoiles ça ne se fait pas attendre.

Dékos Badaud in Aujourd’hui

Tue, 14 Aug 2012 02:49:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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