Je viens de faire un constat heureux. Je ne suis pas le seul amoureux des noms africains. Je croyais être l’unique avocat quand, comme un Témoin de Jéhovah, je passais mon temps à faire du porte à porte. J’étais bien conscient que mon message de sensibilisation pour l’amour de nos noms et prénoms typiquement africains touchait seulement une frange minime du monde des africains acculturés et fascinés. Les résultats positifs n’iraient point au-delà de mon village où malgré tout, certains frères et sœurs ont compris la valeur et l’importance de nos noms. Je leur lance ici des fleurs, et encourage les autres à suivre le mouvement. Peut-être que ça fait mal de ne pas ou de ne plus avoir un prénom français ou américain. Mais au moins, nous resterons nous-mêmes après avoir perdu l’habitude de parler notre langue. Et surtout après avoir éclairci notre peau naturelle pour ressembler aux métis dont la peau est proche de celle de nos idoles, les blancs.
Que des commentateurs ne trouvent pas que j’exagère, me moque des noirs, leur enlève toute leur essence et leur dignité d’africains. Hé bien de façon laconique, je dirai : ils n’en ont plus. Je veux bien sûr parler d’essence et de dignité africaine. S’ils en ont, qu’ils s’asseyent et m’expliquent leurs avantages de porter des noms étrangers, et leurs désavantages de ne pas en posséder. Ou bien qu’est-ce qui les empêche de prendre au crépuscule d’un jour, ou à l’aube d’un autre, la judicieuse décision de se débarrasser de noms qui ne sont pas du tout les leurs ? Ne voient-ils pas qu’ils doivent être les missionnaires pour l’idée du maintien de nos cultures positives dont les noms ?
Heureusement que de nombreux africains, à travers le continent, se battent pour la réhabilitation de leurs vrais noms et prénoms. Ils sont de différentes tranches d’âge à posséder une conscience poussée pour la survie de l’identité africaine à travers les noms. Je les ai découverts avec joie et fierté pendant mes recherches sur l’internet. Ce sont de vrais et grands activistes, des avocats du nom typique africain. J’ai été ému de lire des messages de jeunes filles et de jeunes garçons demandant qu’on leur propose des noms vraiment africains pour leurs bébés à naître. Ces jeunes africains, je le soutiens sans retenue, sont plus civilisés que nous qui montrons notre civilisation en copiant celles des autres.
L’Afrique doit se « recoloniser » en se rattachant à ses valeurs positives. Et le nom demeure en première position sur la liste de ces valeurs. Accepter son nom africain, le louer, le grandir, en être fier, est le premier pas vers la réhabilitation de notre riche culture dont nous nous débarrassons sans aucune raison fondée, à part notre inaptitude à nous ressaisir et naviguer à contre-courant du vent qui nous entraîne vers le néant, nous enlève ce que nous avons de meilleur.
Oui, je le sais, le problème est millénaire et il ne sera pas aisé d’obtenir des résultats positifs en peu de temps. Mais il nous suffit d’abord de prendre la décision de revenir à nos noms africains. Ensuite nous agirons, car c’est d’action qu’il s’agit. Nous avons vu des gens prendre subitement, ou après une intelligente réflexion, la décision de ne plus se faire appeler par le nom étranger. Cela bien avant leur action en justice pour gommer de leur acte de naissance le nom anglais, arabe ou français. Et même s’ils ne se font pas des Témoins de Jéhovah comme moi, leur refus obstiné du prénom étranger fera réfléchir d’autres qui suivront l’exemple.
Revenant vers tous ceux qui luttent pour l’amour des noms et prénoms africains, je loue leur action, les assure de mon humble soutien. Notre combat semble âpre mais nous le gagnerons. Parce que nous avons raison de lutter pour la bonne cause de l’Afrique. Le rêve est permis. Alors arriveront des jours où, ayant à la fin honte de leurs prénoms français avec lesquels ils n’ont aucune attache culturelle, des gens se précipiteront vers les tribunaux pour corriger la marque de leur absurdité ou celle de leurs parents. Ils auront alors compris que porter un nom étranger ne les rend pas forcément américains, arabes, européens ou…chinois. A moins qu’ils ne croient simplement dans leurs têtes être dans cette condition. Ce qui confirmerait leur acceptation psychologique de leur condition de fascinés des cultures extra-africaines.
Nous aurons bientôt des enfants d’africains nés en Finlande, en Australie, au Brésil, au Pôle Nord, partout hors d’Afrique, portant des noms et prénoms de chez nous. Non seulement ils seront la preuve que la culture africaine a émigré, mais surtout leurs noms et prénoms préciseront que leurs parents étaient du Togo, du Cameroun, d’Ouganda ou de la Côte d’Ivoire. Mais malheureusement ce dernier pays n’a pas une bonne presse auprès de la majorité des africains parlant le français.
Nos frères et sœurs francophones trouvent que nous nous considérons plus français que les français. Même si je leur dis que moi je suis fier de porter mon nom cent pour cent ivoirien, que tous mes enfants n’ont aucun nom français, que je parle aussi mon dialecte, combien de Bété comme moi peuvent-ils donner la même réponse ? Combien de frères et de sœurs ivoiriens seront-ils fiers d’agrandir le nombre ? C’est là que réside le problème des ivoiriens sur le chemin de la lutte pour nous rattacher à nos valeurs. Surtout reprendre nos noms et prénoms africains et être fiers de les porter partout.
Nohoré Gbodiallo Guikou Bilet Zafla
likaneyb2 @ hotmail.com
Sat, 08 Dec 2012 15:46:00 +0100
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