Les obsèques de l’ex-Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, qui a tiré sa révérence à l’âge de 57 ans, le 20 août 2012, auront mobilisé de nombreux dirigeants africains, qui ont voulu, par cet acte, rendre un vibrant hommage posthume à leur homologue.
Qui s’est fortement illustré, de par ses contributions, dans l’édification d’une Afrique rachetée. Une Afrique confinée, durant des années, dans un ilotisme et brocardée par la prédation occidentale et le vampirisme du capitalisme international. Pour la cause, plusieurs chefs d’État ne se sont pas fait prier, pour honorer de leur présence les cérémonies funèbres, à l’image de sept chefs d’Etat africains, qui se sont succédé à la tribune pour évoquer la mémoire du défunt, qualifié d’homme charismatique, ambitieux, visionnaire. Le Président sud-africain, Jacob Zuma a salué son bilan économique.
«Une génération d’Ethiopiens a vu un pays émerger de la famine pour devenir une économie à la croissance très rapide, une croissance à deux chiffres». Pour Khumbo Kachali, vice-Premier ministre du Malawi et Jakaya Kikwete, Président de la Tanzanie, «C’était un homme qui respectait ses promesses. C’est le genre de dirigeant à qui l’on pouvait faire confiance. Il disait ce qu’il pensait. On savait à quoi s’attendre. On pouvait toujours savoir que sur cette question Meles nous soutiendrait et que sur cette autre affaire non. Meles a vécu sa vie, essayons de vivre ce qu’il a laissé en héritage».
Même teneur élogieuse formulée par le Rwandais Paul Kagamé. «Nous ressentons un sentiment de perte immense. C’était un ami, un frère, un dirigeant, un grand combattant pour la liberté, pas seulement pour le peuple éthiopien mais aussi pour l’Afrique», a-til noté. Si de nombreux pays ont été dûment représentés, l’oeil scrutateur a cependant remarqué une absence de taille, qui n’en devrait pas être une.
Il s’agit de celle du Président ivoirien Ouattara, président en exercice de la Cedeao, qui a préféré mandater son ministre de l’Intégration africaine, là où sa présence est pratiquement indispensable, en sa qualité de premier responsable de la Cedeao et se faire l’écho de l’Institution qu’il dirige. Derrière cette absence, il faut voir les motivations réelles du numéro 1 ivoirien à éviter de mauvaises surprises. Alassane Ouattara n’a pas voulu occulter, voire sous-estimer, les probables traitements de choc qui l’attendaient en Ethiopie. Il a fait une lecture préventive, et a eu le nez creux de ne pas se présenter en personne, de peur d’être pris dans un prisme réprobateur de la part de ses homologues qui le feraient prendre dans leur trappe. Lui qui ne s’est pas ménagé à tourniller en Chine, en France, au Liberia, et tout dernièrement au Ghana pour les obsèques d’Atta Mills, mais qui s’est volontairement banni la destination éthiopienne.
La présence gênante de ceux qu’il avait combattus pour le compte de la Françafrique, pendant l’élection du président la Commission de l’Union africaine, le dimanche 15 juillet 2012, qui a opposé Dlamini Zuma à Jean Ping, et qui a vu la victoire écrasante de la Sud-
Africaine. Et ce sont justement les représentants de cette Afrique digne qu’incarnent Jacob Zuma et son équipe, qui se sont succédé devant le pupitre, pour magnifier, à titre posthume, un autre digne fils, qui laisse en legs, un continent en pleine mutation.
L’ayant pressenti, Ouattara a préféré jouer la carte de la chaise vide, pour ne pas subir le traitement réservé à Boni Yayi, un autre inféodé, qui a été contraint à lire son discours en anglais et non en français, quoique représentant l’Union africaine. Pour ainsi dire, la prééminence des représentants des pays de l’Afrique qui refusent l’asservissement, a eu raison du héraut qui se prête aux services du néocolonialisme.
Autre mobile plausible, Ouattara devrait se sentir gêner de parlementer avec des démocrates à l’mage de Zuma, pendant que lui fait de la répression de l’opposition, de l’emprisonnement des dirigeants politiques, des détentions arbitraires et de la justice sélective, son cheval de bataille, pour ne pas dire, son programme de gouvernement. Il a préféré éviter la presse et tous les chroniqueurs qui se verraient nombreux, à ces obsèques, et qui n’hésiteraient pas à le cloîtrer dans un fauteuil blanc, sous le feu des questions relatives aux violations systématiques des droits humains et le péril de la démocratie qu’il fait prospérer en Côte d’Ivoire. Il s’est érigé en personne dont la présence serait la représentation sinon l’incarnation, d’une personnalité qui vend l’Afrique aux plus offrants, à des funérailles d’une personnalité, qui s’est évertuée toute son existence, à arracher la même Afrique des mains des mêmes prédateurs potentiels.
Cette incompatibilité, dans les visions et les desseins, a fortement dissuadé Ouattara, qui a préféré se «couvrir» en se faisant représenter par son ministre. Sachant qu’il ne sait plus à quel saint se vouer dans le traitement du dossier malien. Qui demeure dans l’impasse face aux tergiversations de la Cedeao qu’il dirige, et qui laisse le vent en poupe aux islamistes qui continuent d’écumer le territoire malien, désormais jusqu’aux portes de Bamako. L’illustration patente d’un amateurisme diplomatique, qui cloue au pilori le rayonnement de la Côte d’Ivoire et de toute l’Afrique de l’Ouest.
Marcel Dezogno in LG-Info