« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Palais présidentiel: Ministres et Conseillers de Ouattara à couteaux-tirés Les raisons du désaccord

Cette animosité réciproque serait restée sous le boisseau si le Premier ministre, Jeannot Kouadio-Ahoussou, n’avait pas pris une note demandant aux conseillers de ne plus adresser directement de courrier aux ministres. Avant de prendre une telle décision, le chef du gouvernement en a, sans doute, parlé au président de la République, Alassane Ouattara. Cette note, rendue publique à l’avant-dernier conseil du gouvernement, traduit le malaise entre les conseillers du chef de l’État et ses ministres. Une note interprétée par un confrère comme un désaveu des conseillers par le chef de l’Etat ; ce qui n’est pas juste, selon une source au sein de la Primature. De quoi s’agit-il?

Des membres du gouvernement, surtout ceux qui occupent des portefeuilles ‘’juteux’’, ne veulent pas sentir les conseillers du président de la République. Et pour cause, ceux-ci les empêcheraient de ‘’manger’’. Plusieurs faits l’attestent. A sa prise du pouvoir, le Président Ouattara avait ordonné des audits sur les grands chantiers engagés sous la présidence de son prédécesseur, Laurent Gbagbo. Ces résultats d’audits auraient révélé des surfacturations et une surévaluation de plusieurs projets. Par exemple, pour la réalisation du pont Henri Konan Bédié qui reliera Marcory à Cocody-Riviera, Ouattara a découvert que le contrat a été gonflé. 130 milliards de FCFA, c’est la somme que proposaient les entrepreneurs pour un projet qui aurait pu coûter beaucoup moins. Le chef de l’Etat, selon plusieurs de ses collaborateurs, avait même menacé d’annuler le contrat. Mais il a revu sa position en proposant aux maîtres d’ouvrage, des travaux annexes. C’est ce qui justifie la construction des échangeurs de la Riviera II et ceux de Marcory. Mais Ouattara n’est pas au bout de sa surprise. Il découvre également que les mêmes micmacs ont été faits dans le projet de l’autoroute de Grand-Bassam. Sous Laurent Gbagbo, la construction de cette autoroute avait été surévaluée à 62 milliards de FCFA par les collaborateurs de ce dernier.

Mais, selon une source proche du ministère ayant monté le projet, le Président découvre que le projet coûte normalement 37 milliards de FCFA, révélant ainsi un surplus de 25 milliards de FCFA qu’auraient pu empocher plusieurs intermédiaires. Plutôt que d’annuler le contrat, le chef de l’État piège ‘’les mangeurs’’. Il accepte que le projet soit mené à son terme, mais exige des entrepreneurs des travaux annexes, à la hauteur des 25 milliards de FCFA qu’ils voulaient ‘’détourner’’. Toutes ces tentatives de détournement ont avorté grâce à la vigilance des conseillers de la Présidence qui, il faut le préciser, sont recrutés sur la base d’une certaine probité les contraignant à une rigueur redoutée. Après la crise post-électorale, en effet, et pour se prémunir contre d’éventuelles malveillances pouvant être perpétrées par ses ministres, le Président Ouattara a pris soin de constituer une vingtaine de conseillers techniques venus des institutions internationales et ayant dans leur escarcelle une dizaine d’années d’expérience, voire plus, en matière de gestion de projets. Ceux-ci constituent une sorte de doublure des membres du gouvernement. Ils planchent sur tous les grands projets initiés en Côte d’Ivoire et vérifient leur compatibilité avec le programme du gouvernement du président de la République. Si le projet est mal ficelé par le ministre en charge du dossier, ce sont les conseillers du domaine qui le découvrent et en parlent au chef de l’État qui, lui, renvoie le ministre en question à sa copie.

Même avec la Primature, quelques difficultés

Plusieurs ministres ont failli être éjectés du gouvernement pour tentative d’escroquerie. D’autres ont vu leurs projets rejetés et tout espoir de ‘’manger’’ voué à l’échec, ayant été interceptés par des conseillers. Aussi en veulent-ils, en sourdine, à ces empêcheurs de tourner en rond qui refusent de les voir s’emplir les poches et s’enrichir sur le dos des contribuables. Résultats : la collaboration grippée entre ces deux entités supposées se compléter, et le malaise qui règne entre elles. Une source au sein du ministère des Mines, de l’Énergie et du Pétrole nous a révélé l’agacement du président de la République face au manque de collaboration entre ledit ministère et son conseiller du domaine. Le patron de l’Exécutif ivoirien aurait même menacé de ‘’chasser’’ son collaborateur du gouvernement si celui-ci continuait à engager le bras de fer avec son conseiller. C’est dire combien l’atmosphère est tendue entre des ministres et ces proches collaborateurs du chef de l’État érigés en gardiens de la bonne gouvernance au sommet, dans un contexte nouveau d’exercice du pouvoir que veut imprimer le nouveau tenant du palais d’Abidjan.

Après le déclenchement de la rébellion de septembre 2002, plusieurs accords politiques avaient été signés par les acteurs de la crise ivoirienne. Lesquels accords renforçaient le pouvoir du Premier ministre au détriment du président de la République. Ces dispositions avaient eu pour effet, à l’époque, de générer des conflits récurrents entre la Présidence et la Primature. Le chef de l’Exécutif, refusant en sa qualité d’élu du peuple, de plier l’échine face au second nommé par ses soins. En outre, les ministres étaient nommés sur proposition de listes des partis politiques avant d’être agréés par le président de la République. Toute chose qui faisait que ces ministres ne répondaient que des patrons des formations politiques dont ils étaient issus et non du chef de l’Etat. On se retrouvait dans une sorte de panier à crabes où chacun pouvait faire ce qu’il voulait sans en être inquiété. Cette situation rendait possibles les nombreux détournements liés aux surfacturations, à la montée en flèche de la corruption, du népotisme, et bien d’autres maux au sein de l’équipe dirigeante. Les habitudes ayant la peau dure, après les élections présidentielles, plusieurs ministres des gouvernements précédents reconduits pensaient pouvoir continuer à agir comme par le passé. Manque de pot pour eux, certains ont vu leurs directeurs administratifs et financiers sautés de leurs postes, déchus par le président de la République. Un habitué, en principe, à la gestion des finances publiques qui passe au scanner tout ce qui sent les sous.

Ce changement de contexte déteint également sur les relations entre la Primature et la Présidence. Le président de la République ayant récupéré tous les pouvoirs de l’Exécutif que les accords avaient conférés au Premier ministre après la crise de septembre 2002. La Primature, réduite à sa plus simple expression, devient alors un exécutant, plutôt qu’un concepteur. Le président de l’Assemblée nationale, Guillaume Soro, en a fait l’amère expérience. Lui qui a goûté aux deux pouvoirs, celui de Laurent Gbagbo et ce dernier d’Alassane Ouattara, en tant que Premier ministre. Aujourd’hui, le changement opéré ne semblerait pas du tout bien assimilé du côté de la Primature, où on aurait du mal à s’adapter. Kouadio Konan Bertin dit ‘’KKB’’, président des jeunes du PDCI et bouillant député de ce parti allié au Président Ouattara, n’a pas manqué de rappeler que le Premier ministre Jeannot Kouadio-Ahoussou n’est que ‘’le premier des ministres’’. Ce qui n’est pas faux, au regard de la nature du pouvoir en Côte d’Ivoire, où tout se retrouve concentré entre les mains du chef de l’État. En somme, c’est l’ancien contexte de crise qui aura profité à beaucoup de membres du gouvernement que des ministres veulent réinstaurer en tenant loin de leur gestion, les conseillers. Et le président de la République devra repréciser les choses pour maintenir la cohésion autour de lui.

Félix D. BONY in L’inter

Fri, 05 Oct 2012 11:34:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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