Le gouvernement ivoirien, les jours qui ont suivi l’embuscade qui a coûté la vie à sept casques bleus dans la sous-préfecture de Taï, a engagé une opération militaire à l’ouest pour déloger, selon lui, des prétendus miliciens pro-Gbagbo et des mercenaires libériens. Aujourd’hui, la donne sur le terrain laisse entrevoir un déséquilibre démographique. "Nos parents Wê ont déserté les villages et les campements. Ce sont les allogènes, notamment les Burkinabè, qui y sont restés en grand nombre. Cela est surtout frappant dans les cantons Dao et Oubi où les autochtones Wê, propriétaires terriens, sont rares. Pour ceux qui prennent le courage de rester, des allogènes qui sont en de bons termes avec eux viennent leur dire que s’ils ne s’en vont pas, il y aura des représailles de certains des leurs à leur encontre", témoigne G. Marius, un déplacé de la sous-préfecture de Taï, actuellement réfugié à Abidjan. Quand elles ont pris pieds à Taï, les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci), ne maitrisant pas la zone, ont d’abord bénéficié du soutien des supplétifs burkinabè qui leur ont servi d’indicateurs. Ce sont ces personnes vivant dans la région depuis plusieurs décennies qui indiquaient les localités qui, selon elles, étaient favorables aux prétendues miliciens et mercenaires pro-Gbagbo. Ce qui a amené les Frci à engager une offensive dans certains villages indexés comme servant de refuge aux miliciens et mercenaires pro-Gbagbo. Et il est courant de voir les populations de ces villages se faire bastonner par les forces pro-Ouattara quand elles ont la chance de ne pas se faire embarquer comme miliciens à la solde de l’ancien régime. Les populations de la majorité des villages des trois cantons, selon des témoignages concordants, ont connu des fortunes diverses en matière d’exactions des Frci.
Ainsi, les populations Wê des villages de la sous-préfecture de Zagné, notamment Thinkoula, Voudohoubly, Goulédji-Béoué, Djidoubaye, Kéibly, Zahipobly et Gahably, ceux du canton Dao ; Ponan, Dahobly, Taï et du canton Oubi, à savoir 3 cailloux, Glouéako, Paulehoula, Thelehoula, Sakre, Ziriglo et Nikre se comptent du bout des doigts par rapport à de fortes colonies burkinabè bien visibles dans la zone. Ce sont elles qui, sous le regard complice des forces pro-Ouattara, présentes dans la localité de Taï depuis plusieurs semaines, exploitent frauduleusement des lopins de terre. Quand aux autochtones Wê, ils sont nombreux à avoir déserté la sous-préfecture de Taï, de peur d’être taxés de miliciens. «Pour les Frci, guéré est égal à milicien. C’est généralement ce langage qu’ils nous tiennent quand ils sont en patrouille dans nos villages et quand nous leur disons que nous n’avons rien en commun avec ces personnes qu’elles sont censées rechercher. Ce qui est étonnant, c’est que les Frci connaissent bien les miliciens qui sont les Burkinabè qui paradent dans les forêts avec des kalachnikovs», fait remarquer G. Marius.
Gilles Naismon in Le Nouveau Courrier