
Le ver dans le fruit
Et personne ne sera surpris de voir dans quelques jours les éléments d’Aqmi régenter la vie dans la cité des Askias. Plus rien n’est comme avant. Y compris à Bamako où l’on craint que les sorties musclées, cette semaine, de personnalités soufi n’augurent un clash avec dans les collectifs d’associations musulmanes qui avaient jusque-là surmonté les clivages doctrinaux. La sous-région ouest africaine est aussi aux abois. Les leaders de la Cedeao, en particulier, Jonathan Goodluck qui a déjà d’énormes difficultés avec Boko Haram, veulent circonscrire la tumeur jihadiste avant qu’elle ne métastase dans leurs pays respectifs. Paris, Bruxelles, Washington sont également préoccupés au plus haut point par la donne malienne. Les Nations-Unies, par le Conseil de Sécurité s’en sont fait l’écho inquiet mardi et il semble qu’à son sommet de Chicago en fin mai, l’Otan planchera sur la menace sécuritaire qu’est devenu le Nord-Mali.
Drones et missiles ?
Il ne sera pas difficile, selon plusieurs observateurs, de mobiliser troupes et moyens pour aider le Mali à faire face au fléau. Mais que peut « même l’aviation la plus performante lorsque le ver est déjà dans le fruit » déplorent souvent les résidents du Nord qui cohabitent dans les villes avec les soldats de la foi ? Plus d’un spécialiste est d’accord, en effet, que c’était plus facile de défaire le mouvement islamiste en janvier quand les forces de la rébellion n’avaient pas encore conquis les villes. Et puis ceux qui ont vu la rébellion à l’œuvre doutent de la capacité de soldats venant de pays subéquatoriaux à s’adapter aux rigueurs du climat saharien. A moins que ce ne soit les soldats nigériens, mauritaniens ou tchadiens. Or rien n’est moins sûr. Déby, semble t-il, ne veut pas se dégarnir et laisser le champ plus libre à sa rébellion, selon la presse tchadienne. Et le Niger comme la Mauritanie sont directement menacés par les jihadistes qui ne cachent pas leurs plans d’en découdre bientôt avec Niamey et Nouakchott. L’Algérie ? Elle a les moyens, reconnaît-on, dans la sous-région. Mais elle a toujours invoqué sa constitution qui interdit à son armée de se battre en dehors de son territoire. L’expérience afghane ou somalienne consistant en des frappes sélectives, par drones et missiles interposés ? Une option, reconnaît-on dans certains milieux. Mais cela veut dire les Occidentaux que l’Algérie n’acceptera dans son pré-carré qu’à son corps défendant.
Adam Thiam in Le republicain Mali
Thu, 10 May 2012 19:18:00 +0200
