La popularité de Tshisekedi
Autre raison – moins avouable, celle-là – de la grande retenue de tous les partenaires du Congo : la peur du chaos. Sur place, tous les ambassadeurs savent que la popularité de l’opposant Étienne Tshisekedi complique beaucoup la tâche de Joseph Kabila. Dans une note confidentielle rédigée peu avant l’investiture, un diplomate africain en poste au Congo se livrait ainsi à un pronostic pour le moins alarmiste : « Soit Kabila garde le contrôle de Kinshasa au prix d’une répression, soit il se replie au Katanga, ce qui peut provoquer une nouvelle guerre civile ». le 18 décembre, quand Tshisekedi s’est autoproclamé président élu et a appelé les forces de l’ordre à « arrêter Kabila » (il a prêté serment à son propre domicile, le 23, faute d’avoir pu se rendre au stade des martyrs), beaucoup de chefs d’État ont donc estimé que ce n’était pas le moment de descendre dans l’arène congolaise.
Comment sortir de l’impasse ? Les deux principaux adversaires de Joseph Kabila, Étienne Tshisekedi et Vital Kamerhe, proposent que la communauté internationale aide à mettre sur pied une « commission d’évaluation » des résultats de la présidentielle. Tout serait passé au crible : la liste électorale, les votes par dérogation et, bien entendu, le comptage des bulletins. « Nous avons besoin de cette commission pour recompter les voix », affirme Kamerhe. De leur côté, trois ONG américaines, International Crisis Group, Enough Project et Eastern Congo Initiative, avancent l’idée d’une médiation internationale. Les deux suggestions se rejoignent… Mais le camp Kabila ne veut pas en entendre parler. Et, du coup, les capitales occidentales font profil bas. « Le recomptage des voix de la présidentielle, ce n’est pas possible, confie un diplomate de haut rang, à Paris. En revanche, la France demande un dépouillement moins calamiteux des législatives [qui ont eu lieu le même jour, NDLR]. »
À Kinshsasa, Kabila semblait prêt à faire cette dernière concession. Le 22 décembre, dans la plupart des 169 centres de compilation, la Commission nationale indépendant (Ceni) du très controversé pasteur Ngoy Mulunda a annoncé qu’elle cessait de compter le bulletins des législatives en attendant la mise en place d’une aide technique internationale. Réplique immédiate de Kamerhe : « Les législatives et la présidentielle ont eu lieu le même jour dans les mêmes bureaux de vote. Si l’on accepte l’idée des experts internationaux pour compter les voix des législatives, pourquoi la refuser quand il faut compter les voix de la présidentielle ? » La compilation des résultats a finalement repris le 28 décembre…
"Élection calamiteuse"
Cette péripétie en dit long sur l’embarras des Occidentaux. Ils savent que la réélection de Joseph Kabila a été « calamiteuse », comme le concède notre diplomate français. Mais ils ne veulent pas rebattre les cartes. « Il y a trop de risques de conflit armé », disent les uns. « Tshisekedi n’est pas fréquentable, il n’est pas Ouattara », lancent les autres.
À Bruxelles, Paris et Washington, on se prend à rêver : « Si le dépouillement des législatives est transparent, l’opposition sera peut-être majoritaire dans la prochaine Assemblée. Kabila sera alors forcé de cohabiter avec un Premier ministre qui l’obligera à une meilleure gouvernance. » C’est le scénario du Kenya ou du Zimbabwe. Pas sûr que les millions de Congolais qui ont voté Tshisekedi soient d’accord…
Jeuneafrique.com
Sat, 31 Dec 2011 01:44:00 +0100
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