« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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Réconciliation: La Cdvr prévient : « On court le risque d’une rechute »

Aller à la racine des crises qui secouent la Côte d’Ivoire depuis près de deux décennies. C’est tout l’enjeu de la mission confiée à la commission heuristique de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (Cdvr), chargée de plancher sur les causes profondes de la crise ivoirienne.

Hier, mercredi 5 décembre, cette commission a exposé, en présence de Charles Konan Banny, le fruit de ses recherches au cours d’un atelier de restitution qui s’est tenu à l’hôtel IBIS au Plateau. A l’occasion, le professeur Sery Bailly, membre du Bureau de la Cdvr et président de ladite commission, a défriché le terrain en proposant sa lecture des causes du mal ivoirien.

Selon lui, il s’agit pour les membres de la commission qu’il dirige de comprendre l’origine des crises successives que connaît le pays. « Comprendre, c’est donc aller jusqu’aux racines qui nourrissent l’arbre de la discorde», a souligné l’universitaire non sans prévenir que la Côte d’Ivoire risque de basculer dans les mêmes travers si un diagnostic pointu et objectif n’est pas posé.

" On court le risque d’une rechute", a en effet averti le collaborateur de Banny, pour qui "il ne suffit pas d’effacer les traces de la crise". Aussi a-t-il exhorté les membres de la commission heuristique à aller à la racine du mal. " Pour nous réconcilier, nous devons pouvoir discuter de ce qui nous divise et nous oppose en toute liberté, en toute sérénité et en toute sécurité", a-t-il souligné, avant de donner une idée des causes du cycle de violence dans lequel la Côte d’Ivoire est empêtrée depuis la mort de Félix Houphouët Boigny.

Selon l’universitaire, plusieurs raisons expliquent les dérapages qui ont conduit à la spirale de la violence. Entre autres, la question de l’immigration. "Que des camps imaginaires de xénophobes et xénophiles se battent dans notre société signifie qu’il faut trouver une réponse urgente et durable à la question de l’immigration et des migrations", a-t-il en effet interpellé les membres de la commission et par delà eux, tous les Ivoiriens.

Il a aussi pointé du doigt le concept d’ivoirité et ses effets néfastes sur la cohésion nationale. A ce sujet, voici ce qu’a dit le Pr Sery Bailly: " Toute nation a besoin d’identité. L’ivoirité est venue compliquer cette exigence par un double biais idéologique, aussi bien de ceux qui l’ont conçue que de ceux qui l’ont combattue. Aussi ne sert-il à rien de ramener Ie concept à Niangoran Porquet, Ie grioticien, et d’en faire un concept culturel comme le proposent certains de nos compatriotes…".

Pour ce commissaire de la Cdvr, l’ivoirité est au commencement de la question identitaire qu’il qualifie de "hautement inflammable". Outre la question dentitaire, il a également mis l’accent sur l’impact de la course effrénée à l’argent sur ce qu’il a appelé le "capital social". La fâcheuse propension des Ivoiriens à vouloir gagner de l’argent en vitesse a fragilisé les liens entre les membres d’une même communauté.

" Les Ivoiriens ont donc trois religions: la premiere, revélée ou non, la seconde qui est la paix, mais aussi et surtout l’argent ", a ironisé Sery Bailly. Pour sa part, le président de la Cdvr, Charles Konan Banny, a indiqué qu’il s’agit pour la commission heuristique d’aider les Ivoiriens à comprendre le pourquoi des crises successives qu’a traversées le pays.

" Depuis un certain temps, nous n’avons plus la paix, nous avons basculé dans la violence, le développement s’est considérablement ralenti avec son cortège de pauvreté. Donc, un cercle vicieux s’est installé. Devant ce constat, les Ivoiriens veulent savoir pourquoi ? Qu’est-ce qui a fait qu’on est passé d’un système à celui-là ? ", a relevé le président de la Cdvr, à qui vont être remises les conclusions de l’atelier.

In L’inter

Thu, 06 Dec 2012 19:28:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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