« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Réconciliation nationale plombée: Comment Banny a été piégé

En choisissant Charles Konan Banny pour conduire le processus de réconciliation, Alassane Dramane Ouattara semblait avoir une idée derrière la tête. Donner de Banny, « potentiel candidat à l’élection présidentielle de 2015 », l’image de quelqu’un qui ne peut pas rassembler les Ivoiriens.
Le processus de réconciliation nationale est dans l’impasse. C’est un secret de polichinelle. Cet échec était prévisible. Il semble avoir été programmé par Alassane Ouattara, lui-même. En confiant le processus de réconciliation à l’ex-Premier ministre Banny, Ouattara avait, selon des sources proches du pouvoir, une idée claire et nette de ce qu’il voulait. Conduire Banny à l’échec pour donner de lui l’image d’un homme incapable de rassembler les Ivoiriens autour d’un idéal. Celui des valeurs de la République. Cela dans la perspective de l’élection présidentielle de 2015. Pour laquelle Banny, soutiennent d’autres sources, affiche des ambitions. Même Banny ne s’est pas encore fait adouber, à ce propos, par son parti politique, le Pdci-Rda. Tout le sait, Henri Konan Bédié, président du Pdci, étant atteint par la limite d’âge, il ne peut plus être candidat à la présidentielle. Banny se pose donc comme le potentiel candidat du Pdci face à Ouattara en 2015. Dès lors, il est « l’homme à abattre » par l’actuel chef de l’Etat.

Deux options s’offraient à Ouattara…

Dans la bataille insidieuse qu’il a engagée contre Banny, deux options s’offraient à Ouattara. Soit il le laissait libre de tout engagement. Et Banny avait alors toute la latitude de se préparer pour 2015. Ce qui aurait certainement donné de réelles chances à l’ex-Premier ministre. Soit il fallait le coincer. En lui confiant une mission rendue volontairement irréalisable pour nuire à son image. Visiblement, l’actuel chef de l’Etat a choisi la deuxième option en confiant à son successeur à la tête de la Bceao, le processus de réconciliation nationale pour lequel il a expressément créé les conditions de l’échec. Le premier acte posé par Ouattara et qui montre qu’il ne veut pas que Banny réussisse sa mission à la tête de la Cdvr, c’est la déportation du Président Gbagbo à La Haye avec la complicité de Nicolas Sarkozy. En réalité, Alassane Dramane Ouattara n’ignorait pas qu’en la déportant Laurent Gbagbo à la Cpi, cela plomberait la réconciliation nationale. En effet, ce sont deux personnes qui se sont brouillées qui se réconcilient. Or en Côte d’Ivoire, c’est bien Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo qui se sont brouillés et à la suite d’eux, leurs partisans. La réconciliation concerne donc, au premier chef, ces deux personnalités et leurs différents camps. Mais l’actuel chef de l’Etat avait également conscience que les partisans du Président Gbagbo qui sont des millions d’ivoiriens n’accepteraient jamais la déportation de leur leader. Autre chose qui prouve la volonté de Ouattara de voir Banny échouer dans sa mission, c’est la « justice des vainqueurs » qu’il a instaurée et qui ne pourchasse que les pro-Gbagbo. Pendant ce temps, les pro-Ouattara qui se sont rendu coupables de tueries et de graves violations des droits humains sont promus comme pour narguer leurs victimes. Si à tous ces agissements qui sont contraires à l’idéal de réconciliation, on ajoute les barbaries des forces armées pro-Ouattara, on finit par comprendre que Ouattara n’a jamais voulu de la réconciliation nationale.
Mais le drame dans tout ce scénario, c’est que pendant que Ouattara bâtit une stratégie contre la personne de Banny dans l’optique de se maintenir au pouvoir, la Côte d’Ivoire s’enfonce dans l’abime. La déchirure sociale s’approfondit de plus en plus. Les Ivoiriens continuent de se regarder en chiens de faïence et l’insécurité va grandissante.

Boga Sivori in NOTRE VOIE
bogasivo@yahoo.fr

Sat, 30 Jun 2012 01:38:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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