« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Remaniement ministériel – La vérité sur le limogeage d’Ahoussou Jeannot / Les confidences de ses proches / Ce qu’il disait à ses parents

Quelques jours après le départ d’Ahoussou Jeannot de la Primature, les langues commencent à se délier sur les conditions de son départ. En réalité, Ouattara a coupé l’herbe sous les pieds de son Premier ministre qui voulait partir. La journée du 21 novembre 2012 reste à jamais, marquée dans l’histoire de la carrière politique de l’avocat, Jeannot Kouadio-Ahoussou. Car c’est ce jour qu’il a été débarqué dans les conditions que tout le monde sait. Nommé à la tête du gouvernement Ouattara en mars 2012, il ne passera que huit mois à la Primature à ne rien faire véritablement. Même si ses affidés, pour lui faire plaisir, parlent «d’un travail d’Hercule abattu sans trop de moyens» ses résultats approximatifs ne sont que la conséquence directe de la collaboration qu’il a eue durant tous ces huit mois, avec Alassane Ouattara. Selon ses proches, Il croyait en Ouattara qu’il a rejoint dans le Qg du Golf Hôtel pendant la crise postélectorale. Abandonnant très tôt le candidat du Pdci qui est pourtant son parti. Selon des informations en provenance de l’entourage de celui qui est désormais ex-Premier ministre, le coup a été très dur le 21 novembre 2012.

Les confidences de ses proches

La pilule fut très amère à avaler. «C’est vrai qu’il a pris le coup. Mais ce n’est pas parce qu’il a été viré. Peu importe la manière. Lui-même savait qu’il partirait un jour. Mais je crois que ce qui lui fait mal aujourd’hui, c’est le fait de n’avoir pas pris la décision très tôt, bien avant son patron. Je me souviens qu’à plusieurs moments, il a eu l’idée de partir. Parce qu’il s’est rendu compte que rien ne pouvait marcher entre son patron et lui. Je crois que s’il l’avait fait, ça lui aurait donné une certaine légitimité en Côte d’Ivoire. Mais bon, ce qui est fait est fait», botte en touche l’un de ses proches qui a passé ces huit mois avec lui à la Primature. «Le Président Ouattara savait que son Premier ministre ne supportait pas d’être constamment humilié. Ils ont des amis communs. Plusieurs fois, il lui est revenu que son Premier ministre n’était pas content de lui, et qu’il voulait partir », ajoute un autre. «Est-ce que ce n’est pas pour ça qu’il lui a coupé l’herbe sous les pieds ? C’est possible», se plaint un autre. Dans les pires moments de cohabitation chaotique avec son patron, Ahoussou Jeannot s’est, selon quelques uns de ses proches, confié à des parents dans son village à raviart, dans la région de didiévi. Et là-bas, ils ont été très clairs avec «le fils». «Tu n’es pas n’importe qui dans ce pays. Nous ne pouvons accepter que tu sois humilié comme ça. Prend tes responsabilités», révèle un cadre de la région. Selon ce qui a été dit, il s’y était rendu pour prendre conseil auprès d’eux. Et là bas, dans son village, devant certains ses parents, Me Ahoussou Jeannot ne s’est pas empêché d’avouer son incapacité à «supporter les humeurs insupportables de son patron, Alassane Ouattara». «En pleine réunion, il nous ramène à un niveau très bas qui frise l’humiliation. Il nous est difficile, voire impossible de lui porter la moindre contradiction», se serait-il alors confié à des proches très intimes. Certains d’entre eux vont même plus loin. «Le Premier ministre Ahoussou ne pouvait plus se laisser chaque fois humilier de la sorte. Il l’a fait savoir à ses parents en émettant le vœu de donner sa démission à la tête du Gouvernement», soutiennent-ils. En clair, Ahoussou Jeannot avait, depuis bien longtemps, nourri l’idée de jeter l’éponge, à cause des incompatibilités de points de vue dans la gestion des affaires de la Côte d’Ivoire.

Ce qu’il disait à ses parents

Voilà qui dit tout sur cette dissolution. On se rappelle qu’après l’attaque du camp d’Akouédo le pouvoir avait vite fait d’accuser le Fpi avant même d’ouvrir des enquêtes. Au moment Ahoussou interrogé, soutiendra le contraire, en affirmant qu’il ne faut pas accuser sans preuve. Il faut, disait-il, d’abord des enquêtes avant de porter des accusations sur un groupe d’Ivoiriens. Un crime aux yeux de Ouattara. Cette déclaration sera même censurée sur les écrans de la rti par le rdr qui s’en prendra alors au Premier ministre. «Pour qui se prend-il pour dire ça. Il ne sait pas que c’est nous qui le tenons», lâche-t-on dans les rangs d’Amadou Soumahoro que Ouattara même n’arrive plus à supporter à cause de ses nombreuses incongruités. A vrai dire, cette affaire de projet de loi sur le mariage ne fut qu’un prétexte pour Ouattara qui a masqué la vérité. En réalité, son ancien Premier ministre était sur le point de lui présenter sa lettre de démission. Sentant le coup venir, Ouattara lui a coupé l’herbe sous les pieds en «dégainant» le premier. Même si le projet de loi sur le mariage rejeté par son allié du Pdci a traduit le grand malaise qui ronge le rhdp. Le Pdci se rend de plus en plus à l’évidence que son allié a une feuille de route officieuse dans la gestion de la Côte d’Ivoire. Et les jours à venir seront encore plus sombres pour cette alliance. Ouattara sait désormais comment tenir et infantiliser ses alliés qui ont la faiblesse d’être accrochés aux postes et aux privilèges. Le dictateur frappe le Pdci où il faut pour faire mal : l’argent. Ahoussou est parti. Il a été remplacé par une grande feuille morte du Pdci. C’est dire que ce parti continuera d’avaler des couleuvres. Pour des postes ministériels.

Toussaint N’Gotta in Le Temps

Tue, 27 Nov 2012 02:28:00 +0100

La Dépêche d'Abidjan

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