Le pouvoir ivoirien multiplie les démarches et tractations en vue du retour en Côte d’Ivoire des exilés et réfugiés dans la sous-région ouest-africaine. A cet effet, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, Daniel Kablan Duncan a conclu, le 19 août dernier, un accord tripartite au nom de l’État ivoirien avec le gouvernement libérien et le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), afin d’organiser le rapatriement volontaire des populations ivoiriennes ayant trouvé refuge au Liberia. Le ministre d’État, ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko a pour sa part effectué le week-end dernier, une autre mission étatique à Accra où il a rencontré, outre les autorités ghanéennes, des Ivoiriens vivant au Ghana. Les échanges et discussions ont essentiellement porté sur les conditions du retour des réfugiés et exilés vivant au pays du président John Evans Atta Mills. Le jeudi 22 septembre 2011, du haut de la tribune des Nations unies à New York, où il a pris part aux 66èmes Assemblées générales annuelles de l’ONU, le chef de l’État, Alassane Ouattara a réitéré son appel à tous ses compatriotes qui se trouvent dans les pays limitrophes du fait de la crise post-électorale, à rentrer au bercail. Malgré toutes les
assurances données par le gouvernement ivoirien, les cadres, militants et sympathisants LMP exilés principalement au Ghana, au Togo et au Bénin rechignent à prendre le chemin du retour au pays natal. Qu’est-ce qui peut justifier une telle réticence des concernés ? Certes, le nouveau régime a promis des garanties
sécuritaires voire un accompagnement à la réinsertion économique, sociale et professionnelle de certains exilés qui ont tout perdu pendant la crise post-électorale. Mais des candidats au retour attendent bien plus de la part des autorités ivoiriennes.
Par exemple, de nombreuses personnalités proches de l’ex-chef de l’État Laurent Gbagbo espèrent voir un geste fort du président Alassane Ouattara, matérialisé notamment par la signature d’une loi d’amnistie qui les mettrait à l’abri de toute mauvaise surprise une fois revenues en Côte d’Ivoire. Cette mesure exceptionnelle pourrait couvrir certains actes posés durant la crise post-électorale et qualifiés par le nouveau régime d’atteinte à la sûreté de l’État, participation à un gouvernement illégal et illégitime, crimes économiques à hauteur d’un certain montant, etc. en vue de mettre en confiance les exilés. Exit les crimes de sang, crimes de guerre et crimes contre l’humanité et autres faits gravissimes et attentatoires aux droits de l’Homme et à la dignité humaine. Leurs auteurs devront répondre de leurs agissements devant la justice après des enquêtes qui établiront de manière irréfutable leurs responsabilités et culpabilités, et pour lesquels les fautifs bénéficieront des garanties pour un procès équitable. Par exemple, certains ministres ayant siégé dans le dernier gouvernement Gbagbo formé par le Premier ministre Gilbert Marie Aké N’Gbo, voudraient bien revenir au pays. C’est aussi le cas pour des anciens ministres, directeurs généraux, hauts cadres de l’administration, élus, jeunes patriotes ou simples citoyens qui séjournent encore à l’extérieur. Mais ils craignent de subir des représailles et des
tracasseries de toutes sortes après avoir franchi les frontières ivoiriennes dans le sens inverse, comme cela a été constaté pour quelques uns des ex-exilés et réfugiés. Une loi d’amnistie les encouragerait à rentrer et montrerait également la bonne volonté des autorités ivoiriennes à aller résolument à la réconciliation nationale.
Des mesures exceptionnelles sous l’ancien régime
Sous l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, de telles dispositions particulières avaient été prises pour favoriser le dégel de la situation socio-politique. En 2001, une loi d’amnistie a été adoptée en faveur des militaires exilés et en rupture de ban avec le régime de la Refondation. Alassane Ouattara lui-même, à l’époque en exil
en France suite aux événements consécutifs à la présidentielle d’octobre et aux législatives de décembre 2000, a bénéficié de solides garanties du pouvoir d’alors avant de venir participer au Forum de la réconciliation nationale qui s’est déroulé durant tout le dernier trimestre de l’année 2001. Pareil pour le président Henri Konan
renversé le 24 décembre 1999 et qui est rentré de Paris où il a dû s’exiler. Par ailleurs le 6 août 2003, l’ex-chef de l’Etat, Laurent Gbagbo a signé une autre loi d’amnistie en faveur de tous les acteurs civils et militaires qui ont participé à la tentative de coup d’État muée en rébellion armée, le 19 septembre 2002. Toutes ces mesures
exceptionnelles ont été prises à différentes occasions pour permettre la décrispation et la relance du processus de sortie de crise qui était en panne. C’est certainement un tel signal de l’Exécutif ivoirien qui pourrait convaincre les partisans de l’ex-chef de l’Etat de rentrer au pays pour se mettre à la disposition des nouvelles autorités. Et
prendre toute leur place dans la reconstruction post-crise et le train de réconciliation nationale.
Anassé Anassé in L’Inter