Le cerveau des attaques serait donc Paul Woya, dont on a brandi la photo sur des journaux. Selon le dictionnaire Encarta, le «cerveau» est l’«organe situé dans la boîte crânienne, siège de la conscience, de la pensée, de la mémoire et du contrôle de toutes les fonctions de l’organisme», c’est la «personne qui dirige (une opération)» ; «l’instigateur» ; «le centre de direction et d’organisation». Si nous nous en tenons à cette définition et aux déclarations du pouvoir, après avoir mis hors d’état de nuire le cerveau Paul Woya, les attaques devraient cesser. Mais nous constatons que malgré cette grosse «prise», les Frci ont essuyé une violente attaque à Irobo et Grand Lahou le samedi où 6 personnes ont trouvé la mort. or, nous n’avons pas d’élément pour dissocier les auteurs ou commanditaires de l’attaque du 6 août 2012 de ceux des autres attaques.
Si le cerveau est mort, par quel miracle peuvent continuer de vivre la conscience, la pensée, la mémoire et le contrôle de toutes les fonctions de l’organisme ? Avec l’arrestation de Paul Woya, le pouvoir et les Frci devraient pouvoir souffler un instant. Mais rien n’est sûr et le pouvoir est plus fébrile que jamais. Si Paul Woya est le «cerveau» des attaques, et que ce n’est plus les Abel Naki et autres, pourquoi veut-on «éradiquer» le Front populaire ivoirien? Pourquoi arrête-t-on les Douaty et Akoun? Ces personnalités seraient-elles les lieutenants de Paul Woya? S’il est le« cerveau », cela suppose que c’est lui qui conçoit les stratégies et les Douaty, Akoun et autres exécutent sur le terrain. Est-ce le cas?
Si le cerveau est tombé, pourquoi et comment les pieds, les orteils, les mains, les doigts peuvent-ils continuer de créer la terreur et la désolation? Nous croyons que le pouvoir ouattara est désaxé, masque ses sanglots et qu’il se ment à lui-même. Il sait bien qui fait quoi dans ces attaques de plus généralisées et éclatées, qui prennent l’allure de guérilla. un pouvoir qui s’est bâti sur le mensonge, la violence, l’injustice, la manipulation et les frustrations permanentes, doit s’attendre à des mécontentements de cette nature. on n’a pas besoin d’être un grand stratège, un Général à mille étoiles ou d’être le pion de l’onu pour le comprendre. Que le rdr se rappelle son propre parcours.
C’est vrai que ses responsables tiennent aujourd’hui des discours comme s’ils avaient perdu la mémoire, mais qu’il fasse un effort de mémoire : les frustrations qui ont affermi sa nature violente, son amour des coups d’Etat, les attaques contre les forces régulières, son engagement à « rendre le pays ingouvernable », etc. Que le pouvoir se rappelle que les armes qu’il a distribuées à ses militants et mercenaires pour déstabiliser la Côte d’Ivoire sont encore dans la nature. Et ceux qui les détiennent ne sont pas tous satisfaits par le pouvoir actuel.
Des rebelles et des armes, pendant 10 ans
Bien d’entre eux rêvent de devenir comme les Koné Zakaria, Wattao, Chérif ousmane, Soumaïla Bakayoko et autres avec lesquels ils ont animé pendant près de dix ans la rébellion de Soro Guillaume. Ils ont les yeux désormais ouverts. Ils savent ce qu’on gagne dans l’aventure rebelle et les attaques comme nous les vivons.
Dans ces conditions, exercer la dictature sur les partis d’opposition et chercher à « éradiquer» le Fpi serait une manoeuvre de distraction de l’opinion. Ou même l’expression d’une impuissance du pouvoir face à la fureur des monstres que le rdr a fabriqués. Car quelle garantie de paix aurait ouattara en «éradiquant» le Fpi ? Pense-t-il vraiment que ceux qui ont pris goût à la violence comme moyen de revendication ou d’accession au pouvoir, vont se détourner de leur objectif ? Ces éléments mécontents sont issus du Mpci, du Mpigo, du Mjp, devenus Forces nouvelles. D’autres se sont ajoutés à ceux là en mars avril 2011, à la faveur de l’offensive de Soro Guillaume contre le pouvoir de Gbagbo. on a cassé les prisons et distribué des armes aux bandits de grands chemins et à bien d’autres délinquants. Des gens qu’on a du mal à gérer aujourd’hui et qui sont mécontents.
Nous craignons que la gestion maladroite de cette situation par le pouvoir permette aux vrais assaillants de porter tranquillement le coup fatal à la république et à la sécurité des Ivoiriens. un cerveau mort ne donne pas un corps animé. Du jamais vu.
Germain Séhoué in Le Temps
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