On savait que le courant ne passait pas bien entre la commission dialogue vérité et réconciliation (Cdvr) et l’exécutif ivoirien quant à la conduite du processus de réconciliation nationale. Mais, on peut désormais se rendre compte qu’il existe entre eux un véritable dialogue de sourds entre les deux. Illustration. Le dimanche dernier, sur les antennes de la radio nationale, Charles Konan Banny, le président de la Cdvr invitait le chef de l’Etat à prendre des initiatives dans le sens d’un vrai dialogue entre les acteurs politique. Parce que, estimait-il, « la nation ivoirienne est en danger ». Et comme il l’a réitéré hier dans un entretien accordé à l’agence France presse (Afp), il faut le dialogue pour éviter une chute ou une rechute mortelle. La réponse du M. Ouattara ? Il a commandé des avions de guerre, des hélicoptères de combat des drones et toutes sortes d’armements lourds. C’est-à-dire ce qui conduit à tout sauf à l’apaisement. Comme quoi, après la démocratie des bombes, les Ivoiriens feront bientôt l’expérience de la paix des armes avec M. Ouattara. Lui qui a étudié aux Etats-Unis d’Amérique y a certainement appris que le meilleur gage de tranquillité c’est la soumission de l’adversaire par les armes. Dans ces conditions, pourquoi avoir fait tant de bruit autour du processus de réconciliation ? Il est désormais clair que le processus de réconciliation a été lancé sur la base d’un vrai quiproquo. De toute évidence pour M. Ouattara, il s’agissait d’amener les partisans de Laurent Gbagbo à avouer qu’ils sont les seuls responsables du drame ivoirien tout en sollicitant la clémence des nouveaux maîtres
du pouvoir. Or, pour la Cdvr, les victimes et les bourreaux sont de tous les camps. D’où la nécessité d’associer tout le monde sans exclusive. En se mettant dans une posture de chef de guerre là où Banny l’invite à prendre ses responsabilités historiques de catalyseur de la paix, M.Ouattara porte le coup de grâce à un processus de réconciliation déjà mal en point. Du coup, les Ivoiriens n’ont plus qu’à se préparer au pire. Les conditions de la déflagration ainsi créées, il ne reste plus que l’étincelle pour mettre le feu aux poudres. Mais si le pouvoir qui a nommé Charles Konan Banny n’est plus à son écoute, il faudrait peut-être se tourner vers les organisations régionales et sous-régionales et même les nations unies, pour convaincre le pouvoir ivoirien de la nécessité du dialogue. Le vrai. On, pourrait le cas échéant, nommer un nouveau facilitateur du dialogue inter ivoirien. Un homme en qui l’opposition et le pouvoir ont mutuellement confiance. J’imagine déjà la réaction de ceux pour qui rien dans situation ivoirienne ne justifie cela. Mais doit-on toujours attendre que l’irréparable se produise d’abord ? Question pendante
!
Augustin Kouyo in Notre voie
Thu, 30 Aug 2012 23:39:00 +0200