De tous les colons qui ont, négativement, marqué les esprits des Ivoiriens et toute l’Afrique de l’Ouest francophone (AOF), figure en première ligne, l’administrateur colonial, Gabriel Louis Angoulvant. Gouverneur de la Côte d’Ivoire, colonie française depuis 1893. Nommé à ce poste le 25 avril 1908, où il a séjourné pendant 8 ans, Angoulvant, dépassé par la résistance des populations indigènes, notamment les Abbey, Baoulé et Bété, opte pour la «pacification». Qui n’est autre, qu’une politique de répression sauvage et sanglante. Pas de démocratie, ni de contradiction, encore moins d’une opposition. «Je désire qu’il n’y ait désormais, aucune hésitation sur la ligne politique à suivre. Cette ligne politique doit être uniforme pour toute la colonie. Nous avons deux moyens de les mettre en pratique ou attendre que notre influence et notre exemple agissent sur les populations qui nous sont confiées ou vouloir que la civilisation marche à grands pas au prix d’une action…J’ai choisi le second procédé», avait-il dit, dans sa lettre circulaire du 26 novembre 1908, aux administrateurs de cercle et chefs de service.
Cette politique de «pacification» a consisté à des opérations militaires, des internements, des arrestations et déportation des «tête de fil» des différentes communautés, des amendes de guerres, des regroupements de villages, exactions et exécutions etc.
Dans tous les villages, les vieillards ont en encore en mémoire cette triste période.
La chute du président Laurent Gbagbo, grâce à une intervention décisive de la coalition franco onusienne, le 11 avril 2011, marque l’interruption de la démocratie et des libertés publiques en Côte d’Ivoire. Laquelle a été obtenue au bout de 30 années de lutte pacifique avec Laurent Gbagbo alors secrétaire général du Fpi.
Parvenu au pouvoir, Alassane Dramane Ouattara ramène la Côte d’Ivoire à l’époque coloniale. Précisément en 1908. S’inspirant de la «pacification» théorisée par Angoulvant, le nouvel homme fort d’Abidjan a choisi «d’aseptiser» et de «nettoyer» toute la région de l’Ouest du pays comme le disait haut et fort, Amadou Soumahoro, secrétaire général du Rdr.
Avec Alassane Ouattara, il ne doit plus y avoir d’opposition. Tous les cadres du Fpi sont emprisonnés ou contraints à l’exil. Récemment, ce sont Alphonse Douati et Akoun Laurent qui ont été arrêtés puis incarcérés. Tous les journaux de l’opposition sont dans le viseur du Cnp. En marge de cela, les supplétifs dozo et les Frci sont très actifs pour réduire au silence tous ceux qui donnent de la voix. Les massacres de Duekoué et du camp de Nahibly en sont des parfaites illustrations. Les enlèvements et les exécutions sommaires des responsables du Cojep et des responsables locaux du Fpi dans le pays profond. S’ajoutent à cela, les descentes musclées des Frci à Eri-Makouguié (Agboville), Dabou, Jacqueville, Bingerville, Grand-Bassam, Fresco, Grand-Lahou et autres. Sans oublier ces nombreuses personnes innocentes détenues à la Dst, ainsi que ces militaires et policiers incarcérés dans le silence ou radiés purement et simplement.
Comme on le voit et on le vit, Alassane Ouattara, pour se maintenir au pouvoir a décidé d’incarner Gabriel Louis Angoulvant. Il a rangé dans les tiroirs, son programme «vivre ensemble» et ses promesses pharaoniques, pour mettre en application la «pacification». Celle qui consiste à faire taire à jamais l’opposition. Par la terreur.
Ouattara Abdul-Mohamed in NOTRE VOIE