« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Politique

Une semaine après son décès, de nouvelles tensions autour de la dépouille de la mère de Gbagbo

Les réunions se multiplient mais la fumée blanche n’est pas encore apparue. En fait de fumée blanche, il s’agit du lieu où la matriarche de 94 ans va reposer définitivement. Sa fille cadette a sa petite idée et, pour elle, c’est Blouzon,un village du canton Nékédi, séparé d’Ouragahio la sous-préfecture,par 35 kilomètres, où est née maman Gbagbo.
Selon les proches de la défunte, c’est le voeu que la matriarche aurait d’ailleurs exprimé avant de prendre la route du retour au pays, après plus de trois ans d’exil au Ghana où elle a dû fuir avec sa fille pour échapper à la terreur instaurée par les nouveaux gouvernants. Mais avant de connaître cette aventure des plus terrifiantes pour une grand-mère de cet âge, Margueritte Gado vivait comme une simple ménagère à Gnaliépa où elle s’est remariée en 1958 lorsqu’elle quitta le père de ces deux uniques enfants : Laurent et Jeannette.
Elle n’eût donc pas d’enfants, issus de son second foyer. En revanche, son défunt mari, Robert Séry, laissa de nombreux enfants dont Marguerite dût également s’occuper. Gnaliepa est donc le dernier village de son mari et en l’espèce, la tradition bété, assez formaliste, comme toutes les traditions, commande que ce soit chez celui-ci. C’est d’ailleurs ce que revendique la communauté villageoise de Gnaliepa. Dès Dimanche, une délégation dirigée par le chef Barthélémy Dalys Moloko et composée en grande partie des enfants de l’ex-défunt mari s’est rendu à Blouzon pour annoncer officiellement le décès de la matriarche et revendiquer que les funérailles se tiennent à Gnaliépa qu’elle a quitté en raison de la crise postélectorale.
Mais l’affaire n’est pas aussi simple. D’abord parce que la mère Gado aurait expressément demandé à retourner non pas à Gnaliepa, mais à Blouzon. Ensuite parce que même si elle restée longtemps à Gnaliepa, la matriarche n’y a pas eu d’enfant; ce qui la libérerait des formalités évoquées plus haut. Enfin, et ce serait le plus grave, durant son exil au Ghana, Marguerite Gado n’aurait jamais bénéficié du moindre acte de solidarité du village. « Personne ne s’est jamais rendu au Ghana, ni à titre individuel ni à titre collectif pour montrer un quelconque attachement à la vieille. Chez nous les bété, ya pas mille façons de montrer l’appartenance à une communauté mais y a pas aussi mille façons d’en exclure quelqu’un. Ce désintérêt manifeste a été perçu par la concernée comme un reniement », a expliqué une source proche de la famille.
Pour toutes ces raisons, ce sera Blouzon, a encore commenté notre source. Sans doute un signe des temps, Abou Dramane Sangaré à qui le Président Gbagbo a confié les funérailles de sa défunte mère, s’y est rendu le vendredi dernier. Il a visité dans ce cadre les villageois de Mama, où sont nés le Président Gbagbo et sa soeur cadette Jeannette Koudou, et Blouzon. Le 1er vice-président du FPI se rendra à nouveau dans la région mais son premier choix est sans doute révélateur de l’état d’esprit de la famille, et plus encore de la volonté de Laurent Gbagbo, puisque Sangaré ne connait pas les usages bété.
Pour sa part, la famille Koudou vivant à Abidjan se réunit dès aujourd’hui au domicile d’Henri Gossé, où se déroulent les formalités de présentation de condoléances. Les cadres de la région, eux, se réunissent les jours à venir, certainement pour évaluer leur participation. Les premières décisions ne seront donc probablement disponibles qu’en fin de semaine,après différents arbitrages qu’on imagine fastidieux mais au cours desquels on entendra certainement parler de Gnaliepa.
Depuis dimanche, les éléments de la police nationale ont été déployés autour de la morgue pour sécuriser le corps de la mère du président Gbagbo. En attendant, la mort de la matriarche continue de provoquer un élan de solidarité au sein la classe politique nationale. Le président de Lider Mamadou Koulibaly, ancien proche du Président Gbagbo, lui a écrit une lettre pour exprimer sa compassion et celle de son parti. Quant aux dirigeants du PDCI-RDA de la région, ils ont suspendu la tenue du meeting de la délégation devant expliquer l’intérêt de l’appel de Daoukro.

In Aujourd’hui

Wed, 22 Oct 2014 06:29:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

Immobilier en Afrique : le CIEPA veut transformer l’épargne de la diaspora en investissements sécurisés

Face aux risques fonciers, aux difficultés de suivi des chantiers et au manque de garanties…

4 jours ago

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

3 semaines ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

1 mois ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

1 mois ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

2 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

2 mois ago

This website uses cookies.