« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
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« (…) car pour vous, la vérité est blanche! » Cheikh Anta Diop

Ils étaient nombreux à le savoir.
Ils sont de plus en plus nombreux à le savoir.
Parmi ceux et celles qui savaient, peu en parlaient.
Pour toutes les raisons du monde.

Les Nègres, les premiers concernés par la chose, qui sont le plus à blâmer, ont pris la fâcheuse habitude de banaliser ces choses. Cette chose innommable dans nos langues. Ce crime, sans doute le plus grand que le monde n’ait jamais connu.

Les Français appellent cela l’esclavage. Les Anglais slavery. Les Espagnols esclavitud. Les Portugais escravidão. Les Italiens schiavitù.

Je m’arrête là mais je rappelle tout de même que les autres ont vraiment pensé à nommer cette chose. Mais ce n‘est pas par hasard.

Quand on ne peut nommer une chose dans ta langue, c’est un élément non négligeable pour dire que les Ancêtres ne connaissaient pas cette chose ou qu’elle leur a été imposée de l’extérieur.

Dans nos langues, j’ai beau cherché, avoir cherché, je ne trouve guère de mots qui rendent compte de la réalité de cette horreur ou qui essaie même de s’en approcher. En yoruba (langue commune au Bénin et au Nigeria), il y a un mot qui désigne cela : le yovodah.

« Yovo » pour « Blanc ».

« Da » pour « horreur ».

Il a fallu que la chaîne de TV US CNN diffuse pour le monde entier (puisque c’est un de ses buts) ce fameux reportage où on voit les nôtres vendus comme du bétail en Libye, comme en ce temps maudit où nous étions les esclaves de tout le monde, pour que des politiques africains, des Africains et des Africaines tout court s’en émeuvent.

Décidémént, l’Wsir Cheikh Anta Diop avait été –encore une fois ! – bien inspiré en disant aux étudiants de l’Université de Niamey que « pour vous, la vérité est blanche ! »

Oui, il a fallu que ce soit CNN qui le dise pour que soit certains d’entre nous apprennent l’horreur made in Libya.

Les présidents Mahamdou Issoufou (Niger) et Roch Kaboré (Burkina Faso) ont frappé fort.

Le premier a inscrit à l’ordre du jour de la prochaine rencontre de l’UA (Union Africaine) cette question et le second a rappelé son ambassadeur à Tripoli: bravo à eux !

Je me pose une question : va-t-on encore attendre CNN pour s’indigner de tous les autres drames secouant notre continent ?

Obambe NGAKOSSO[, December 2017]b

Wed, 16 Sep 2020 21:21:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

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