La philosophie de l’histoire hégélienne qui a nourri cette vision a trouvé une fin de non-recevoir chez les Africain·e·s et les africanistes, ouvrant ainsi la voie à ce qui peut être qualifié de controverse historique majeure. Il n’est pas question ici de revenir sur la pensée d’Hegel ; une pluralité d’auteurs comme Mohamed Moulfi, Amady Ali Dieng et Alfred Adler s’en sont chargés. Il s’agit plutôt de présenter les résurgences d’une conception européocentriste qui marque encore profondément les discours et de montrer que le recours à la didactique de l’histoire peut, à son tour, proposer des grilles d’analyse du monde.
Résurgences d’une occultation de l’histoire africaine
Cette dénégation de l’histoire a longtemps perduré. Nous distinguons d’abord le déni systématique des faits passés. Il est perceptible au niveau des controverses entre historiens. L’exemple le plus probant est peut-être le débat ancien autour de « l’origine nègre de la civilisation égyptienne », farouchement contestée durant les années 1960.
Il a fallu ainsi attendre le colloque international du Caire de 1974, parrainé par l’Unesco, pour que, pour la première fois, des archéologues africains confrontent leurs recherches avec celles de leurs homologues européens et américains et qu’enfin l’égyptologie se réconcilie « avec l’Afrique ».
D’autres thématiques ont été concernées par ces visions de l’histoire : l’antériorité d’une civilisation et d’un scientisme africain, l’Afrique berceau de l’humanité à travers la découverte des vestiges humains les plus anciens, un âge d’or dans l’Afrique noire à contre-courant du Moyen Âge européen, les processus de décolonisation, etc.
Plus proche de nous, il faut distinguer l’occultation par les discours. Celui de Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007 suffit à lui-même. Les réactions vives qu’il a suscitées auprès des historien·ne·s, notamment celles de Jean‑Pierre Chrétien, d’Adame Ba Konaré, de Makhily Gassama, de Michelle Lecolle, de Bart Gielis, ont, entre autres, permis de montrer « l’absurdité scientifique et les motifs de la survivance » d’une conception européocentriste ; d’éclairer « le président Sarkozy et, plus généralement, le grand public sur la réalité de l’histoire africaine » ; de mettre en relief les véritables défis qui interpellent l’Afrique d’aujourd’hui et de demain.
C’est aussi dans cette pensée que s’inscrit le travail de « désencombrement » de l’histoire de l’Afrique, entrepris par l’historien et archéologue François-Xavier Fauvelle, récemment élu au Collège de France à la tête de la première chaire pérenne consacrée à l’Afrique. Cette nouvelle écriture poursuit un projet initié dès les indépendances, notamment celui de définir la « place de l’histoire dans la société africaine », pour citer Joseph Ki-Zerbo. Ces réflexions interrogent la fonction véritable de l’histoire et ses répercussions profondes sur l’imaginaire et l’univers mental des Africains, en réponse à ce que le philosophe Anatole Fogou appelle « l’histoire chaotique ». En effet, cette dernière a longtemps été une histoire imposée, fragmentée et tragique tendant à reléguer les « dominés africains » à des êtres dont le seul objectif est la survie face à la misère.
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Wed, 18 Aug 2021 19:23:00 +0200
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