« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Categories: Espace Kamite

«Le Pauvre Christ de Bomba», de Mongo Beti.

Un titre incontournable

Paru en 1956, Le Pauvre Christ de Bomba compte parmi les dix romans africains incontournables. Son auteur, le Camerounais Mongo Beti, s’était fait connaître au début des années 1950 en publiant dans les pages de la revue Présence africaine, une critique cinglante de L’Enfant noir, roman du Guinéen Camara Laye. Intitulé « L’Afrique noire, littérature rose », l’article était une dénonciation en règle de l’« image stéréotypée de l’Afrique et des Africains » proposée par Laye. L’auteur reprochait à son confrère de présenter une Afrique paisible, belle et maternelle, alors que les populations du continent étaient victimes des pires exactions coloniales.

C’est d’ailleurs en réponse à L’Enfant noir que Mongo Beti qui avait alors 24 ans, a écrit Le Pauvre Christ de Bomba. Son narrateur est aussi un jeune garçon, mais l’histoire qu’il raconte est autrement plus traumatisante que celle de Camara Laye.

Récit des traumatismes de la période coloniale

Dans ce roman, Mongo Beti aborde la colonisation par son versant religieux. Son thème : les turpitudes au sein de l’Église catholique dans les territoires colonisés d’Afrique. On est plus précisément au Cameroun, dans les années 1930, dans la mission catholique de Bomba, sur laquelle règne en maître le révérend père supérieur Drumont. Ce dernier se fait appeler « Jésus-Christ » par ses ouailles et prend très au sérieux sa mission d’évangélisation, qu’il accomplit avec un autoritarisme certain. Il n’hésite pas, par exemple, à faire fouetter sur la place publique les auteurs des moindres inconduites antichrétiennes. On le voit aussi faire irruption pendant les fêtes païennes, allant jusqu’à briser en mille morceaux des instruments de musique des villageois.

Or, les certitudes du révérend père supérieur Drumont s’effondrent lorsqu’au bout de vingt ans de prêtrise en Afrique, à la faveur d’une tournée en brousse, il prend brutalement conscience des limites de son action apostolique.

Le triple échec du missionnaire en Afrique

Trop préoccupé par son souci d’imposer la moralité chrétienne et son obsession de la vie éternelle, le missionnaire n’a pas su répondre aux attentes réelles des populations qui réclamaient plus de savoirs scolaires et techniques pour sortir de leur sous-développement. Par ailleurs, – c’est l’autre grand échec du père Drumont -, en ne s’opposant pas fermement aux travaux forcés et autres injustices perpétrées par l’administration coloniale, il a laissé son Église se transformer en un simple « auxiliaire de l’asservissement des Africains ».

Plus dure encore sera la découverte que, profitant de sa négligence, ses plus proches collaborateurs locaux, ont transformé la maison des jeunes femmes de la mission en un lieu de débauche. Drumont est obligé de s’avouer vaincu et le roman bascule alors dans une tragédie quasi-racinienne, alors que les premières pages du livre pouvaient se lire comme une version de « Tartuffe » des temps modernes.
Lire la suite sur rfi.fr

Thu, 06 May 2021 03:08:00 +0200

La Dépêche d'Abidjan

Recent Posts

UJIF : Axel Illary investi à Paris sous le signe de l’unité et du rayonnement international

L’Union des Journalistes Ivoiriens en France (UJIF) a officiellement investi son nouveau président, Axel Illary,…

4 jours ago

Niger : RSF saisit le groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU sur le sort de Moussa Kaka

Un mois après la disparition du directeur de la Radio Télévision Saraounia, Moussa Kaka, au…

3 semaines ago

Moussa Kaka, disparu au Niger : quatre décennies de journalisme et de combat pour la liberté de la presse

Moussa Kaka est une figure du journalisme au Sahel. Celui qui a disparu depuis le…

4 semaines ago

Côte d’Ivoire : libération immédiate de Justin Koné Katinan et de tous les détenus politiques

Le Parti communiste français condamne avec la plus grande fermeté l’arrestation et le placement sous…

1 mois ago

Criminalisation du journalisme au Mali : Abdrahamane Kéita, du Témoin, condamné à deux ans de prison ferme

Au Mali, le directeur de publication du journal Le Témoin, Abdrahamane Kéita, a été condamné…

1 mois ago

Peau noire, Dieu blanc : quand Dieu porte les couleurs des oppresseurs

Le 3 octobre, Axel Illary publiera sur Amazon Peau noire, Dieu blanc. Essai sur l’aliénation…

1 mois ago

This website uses cookies.