« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Arts et Culture

Les mythes fondateurs : D’où viennent les réminiscences des mythes mésopotamiens dans la Bible ?

D’où viennent les réminiscences des mythes mésopotamiens dans la Bible ?

Un monde tiré des eaux, un homme pétri dans l’argile, un jardin paradisiaque, un serpent tentateur, un déluge, un bateau empli d’animaux, une colombe…, toutes ces images de la Genèse, si familières, sont pourtant loin d’être une pure création des auteurs bibliques. On les trouve déjà dans les récits des origines des Mésopotamiens, voisins d’Israël, au IIe millénaire avant Jésus-Christ : les mythes d’Enki et Ninhursag, d’Atrahasis, l’Épopée de ­Gilgamesh, celle de la Création (ou Enuma Elish) (lire infographie ci-contre), des textes anciens écrits en caractères cunéiformes, en sumérien ou en akkadien, sur des tablettes découvertes au XIXe siècle et traduites notamment par un savant français, Jean Bottéro. À l’époque, la découverte de ces ressemblances n’a pas manqué d’étonner, voire de déstabiliser plus d’un croyant convaincu que le récit biblique était unique…

La raison en est simple: le pays de ­Canaan est, dans l’Antiquité, le plus petit territoire du Proche-Orient et un carrefour traversé, pour le commerce ou les guerres, par tous les grands empires: assyrien, babylonien, perse, grec… Aussi les ­Hébreux sont-ils imprégnés de la culture de tout le Proche-Orient ancien. En 586 av. J.-C., le peuple est déporté à ­Babylone. « Les auteurs bibliques, après l’exil en particulier, connaissent parfaitement les mythes mésopotamiens et vont s’en servir pour écrire à leur tour, afin de rassembler la diaspora, qui n’a plus de temple, autour d’une histoire commune », souligne l’historienne Nicole Vray, auteur d’un livre sur Les Mythes fondateurs de Gilgamesh à Noé (1).

Ainsi le langage biblique retraverse-t-il les mythes antiques et puise dans leur grand réservoir d’images, mais pour exprimer son propre message: confesser sa foi en un Dieu unique et Créateur. En ce sens, l’intérêt de la comparaison des récits de création bibliques et mésopotamiens, enracinés dans un fond culturel commun, est de mettre en relief l’originalité de la foi d’Israël dans l’univers des religions de l’Orient ancien.

Quelles sont les correspondances entre ces différents textes ?

Les réminiscences sont nombreuses. À l’origine, par exemple, l’univers est un mélange indifférencié d’eau douce et d’eau salée. Il est formé par séparation et la terre surgit de la masse des eaux.

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La Dépêche d'Abidjan

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