L’un des grands drames de l’Afrique réside dans l’attitude de certaines élites diplômées, pour qui le bout de papier délivré par le système éducatif colonial constitue une fin en soi. Elles ne remettent nullement en question les faussetés qu’on a inculquées à leur peuple, croyant aveuglément que tout ce qui émane de l’homme blanc est incontestable.
La Renaissance africaine, dont on parle tant, se heurte à cette réalité tenace. Nombreux sont ceux, à commencer par les élites politiques ayant pourtant adopté la Charte de la Renaissance culturelle de l’Afrique, qui peinent à concrétiser ce projet ambitieux. Combien de pays, en effet, communiquent véritablement sur cette initiative cruciale pour l’Union africaine ? Une telle inertie trouve son origine dans l’influence persistante des religions chrétienne et musulmane, introduites et imposées durant la colonisation. Ces systèmes de croyances ont radicalement redéfini les structures sociales, en rupture avec les traditions et spiritualités africaines ancestrales. Ainsi, la renaissance culturelle du continent se trouve confrontée à un héritage spirituel, qui continue de façonner les mentalités et freine l’appropriation de l’identité africaine.
La presse, quant à elle, demeure étrangement silencieuse lorsqu’il s’agit d’aborder la question de la renaissance africaine. Le professeur Théophile Obenga interpellait d’ailleurs les médias africains sur leur responsabilité historique d’accorder à ce thème l’attention qu’il mérite.
Au sein même des institutions porteuses de ce projet, le sujet est souvent mis sous silence, et les initiatives pour le promouvoir sont rares.
Dans de telles conditions, l’Afrique pourra-t-elle réellement se libérer de la domination étrangère qui persiste à affecter les mentalités ? Peut-on véritablement parler de souveraineté lorsque le continent reste sous l’emprise d’un legs imposé, sans qu’aucun effort substantiel ne soit entrepris pour reconquérir son indépendance culturelle, véritable fondement de son identité et de sa dignité ?
Axel Illary