« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Arts et Culture

L’athéisme est une notion spécifique aux religions abrahamiques

Les mots païen et athée ont été employés pour marginaliser ceux qui ne suivent pas les religions abrahamiques. Au cours de l’histoire, leurs significations ont été transformées pour servir les intérêts de ces religions, afin de présenter ceux qui n’y adhèrent pas comme éloignés de Dieu.
Le mot païen vient du latin paganus, qui signifie simplement « villageois » ou « personne vivant à la campagne ». Avec l’essor du christianisme, il a pris une connotation religieuse pour désigner ceux qui n’étaient pas chrétiens, car les pratiques polythéistes persistaient dans les zones rurales.
Quant au mot « athée », il signifie littéralement « sans Dieu » (a-theos en grec) et a pris des sens variés depuis l’Antiquité. Dans le monde gréco-romain, il désignait toute personne honorant un autre dieu que celui de la cité. Ainsi, les Grecs et les Romains qualifiaient d’athées les Juifs et les chrétiens, car ces derniers refusaient de représenter leur Dieu par des images ou des statues. Cette dénégation des représentations divines était perçue comme une forme de déviation de la norme religieuse, et donc, ceux qui faisaient cela étaient étiquetés comme « sans Dieu ».
À partir du 18e siècle, le terme athée a évolué pour désigner ceux qui refusaient de reconnaître Jésus-Christ, le Dieu dominant de l’Empire romain chrétien, puis ceux qui niaient l’existence de tout Dieu. Ce processus visait à valoriser les religions abrahamiques comme révélées, tandis que les autres croyances étaient perçues comme inférieures ou erronées.
Cependant, il est paradoxal de constater que les religions abrahamiques ne partagent pas la même conception de Dieu. Bien qu’elles prônent toutes un Dieu unique, chacune a développé des doctrines et des pratiques qui lui sont propres.
Enfin, il convient de souligner que l’athéisme est une notion propre aux religions abrahamiques. Ce concept est inexistant dans les croyances africaines, car le peuple africain a toujours cru en une puissance divine, un Dieu unique, créateur de l’univers. D’ailleurs, plusieurs travaux majeurs sur l’histoire spirituelle de l’humanité, dont L’Histoire générale de l’Afrique, publiée sous l’égide de l’UNESCO, rappellent que l’idée de Dieu est née en Afrique noire, bien avant l’émergence des religions abrahamiques.
A.I.
La Dépêche d'Abidjan

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