« Quiconque tient l'histoire d'un peuple tient son âme, mais quiconque tient la spiritualité d'un peuple le contraint à vivre sous le joug d'une servitude éternelle. »

Cheikh Anta DIOP
Arts et Culture

Colonisés dans l’âme, les dirigeants africains actuels ne peuvent pas libérer l’Afrique.

L’Afrique, riche de ses traditions ancestrales, a vu son paysage spirituel et culturel considérablement remodelé par l’influence des religions abrahamiques, principalement le christianisme et l’islam. Introduites par les Européens et les Arabes, ces croyances ont largement contribué à l’oppression historique du peuple noir et à son aliénation culturelle. Dès lors, les dirigeants africains qui les adoptent et les promeuvent peuvent-ils être considérés comme légitimes pour représenter l’Afrique et défendre ses intérêts, alors que le continent est encore en proie à l’hégémonie impérialiste ?

L’influence coloniale et la pénétration religieuse

L’histoire de l’Afrique est marquée par la domination étrangère, d’abord par les invasions arabes qui ont imposé l’islam dans plusieurs régions du continent, puis par la colonisation européenne qui a propagé le christianisme. Ces religions, devenues partie intégrante des sociétés africaines, ont été utilisées comme des instruments de contrôle. L’évangélisation et l’islamisation ont servi à justifier la traite négrière, l’esclavage et la colonisation, à effacer les croyances traditionnelles et à imposer de nouveaux systèmes de valeurs, en contradiction avec les modes de vie ancestraux.

L’aliénation culturelle et le rejet des traditions

Le christianisme et l’islam ont diabolisé les pratiques culturelles africaines et qualifié la spiritualité autochtone de « païenne », « sorcière » ou encore « satanique ». L’Africain a été sommé d’abandonner sa propre identité pour embrasser celle de ses conquérants. Aujourd’hui encore, de nombreux dirigeants africains se revendiquent comme fervents musulmans ou chrétiens, marginalisant ainsi la spiritualité indigène.

Un dirigeant africain qui jure sur la bible ou le coran valide la suprématie d’un système imposé de l’extérieur

Lorsqu’un leader africain jure sur la Bible ou le Coran lors de son investiture, il valide symboliquement la suprématie d’un système imposé de l’extérieur, au détriment des valeurs locales. Il en résulte qu’un dirigeant sous l’emprise de ces religions coloniales ne peut œuvrer à l’affranchissement de l’Afrique. Son allégeance spirituelle aux dogmes imposés le rend incapable de mettre en pratique la Charte de la Renaissance Culturelle de l’Afrique, qui recommande que le peuple noir se réapproprie ses croyances et traditions, dénigrées dans le cadre d’une idéologie suprémaciste promouvant la supériorité culturelle et religieuse des Occidentaux et des Arabes.

La soumission des élites africaines aux religions abrahamiques perpétue le cycle de dépendance et d’aliénation, rendant impossible toute véritable rupture avec les paradigmes hérités de la colonisation. Ces dirigeants ne sont donc pas en mesure de mener le combat pour une renaissance culturelle, car ils restent enfermés dans une vision du monde qui place l’Afrique dans une posture subalterne.

L’urgence pour les dirigeants africains de renouer avec la spiritualité autochtone

Si l’Afrique veut retrouver son autonomie culturelle, il est impératif que ses dirigeants réévaluent leur rapport aux religions abrahamiques et qu’ils encouragent la pratique de la spiritualité autochtone. 

Le respect des traditions africaines, leur intégration dans les discours politiques sont autant de pas vers une véritable souveraineté culturelle.

En adhérant sans réserve aux religions abrahamiques, les dirigeants africains s’inscrivent dans une continuité historique d’aliénation et de domination culturelle. Leur assujettissement à ces dogmes étrangers les empêche d’œuvrer à l’émancipation réelle de l’Afrique. Pour que le continent connaisse une véritable renaissance culturelle, ses leaders doivent transcender cette dépendance spirituelle imposée et s’engager pleinement dans la réhabilitation de l’héritage ancestral. C’est à ce prix que l’Afrique pourra se libérer et écrire son propre récit, sans les chaînes des doctrines importées.

Axel Illary

La Dépêche d'Abidjan

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