Le 14 mai 2025, lors du Conseil des ministres, les autorités de la Transition burkinabè ont adopté un décret portant création de l’Institut des Peuples Noirs-Farafina. Cette nouvelle institution publique marque un retour assumé aux idéaux panafricanistes du président Thomas Sankara, à la veille de la Journée des coutumes et traditions célébrée chaque 15 mai au Burkina Faso. Il s’agit d’une initiative supplémentaire qui s’inscrit dans la dynamique de réaffirmation identitaire amorcée par les dirigeants actuels.
La décision s’intègre dans la vision portée par l’Union africaine, qui appelle à une renaissance culturelle du continent, dont l’objectif principal est d’affranchir l’Afrique de l’hégémonie culturelle étrangère, notamment par l’émancipation des systèmes de domination spirituelle imposés depuis des siècles.
L’héritage sankariste réhabilité
Selon le ministre Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, porte-parole du gouvernement, l’idée de l’Institut des Peuples Noirs remonte à 1984, lors d’un voyage de Thomas Sankara aux États-Unis, où il a été marqué par le sort réservé aux Noirs américains à Harlem, marginalisés et méprisés dans une société se disant démocratique.
De retour au Burkina Faso, le président révolutionnaire a organisé en 1986 un symposium international qui a jeté les bases de l’IPN. Officiellement créée en 1990, la structure a été mise à l’écart, à l’image de la mémoire de son fondateur, longtemps effacée par ceux qui l’ont renversé.
La relance de cette institution sous le nom d’IPN-Farafina est conforme à l’ambition portée par le capitaine Ibrahim Traoré de valoriser la culture endogène et de faire rayonner l’Afrique. Ce geste politique vient s’ajouter à la journée consacrée à la célébration des coutumes et traditions, instaurée par la Transition pour mettre en valeur le patrimoine culturel du Burkina Faso.
Quelle cohérence spirituelle pour la renaissance africaine
Mais cette volonté de renaissance soulève des questions fondamentales. Comment restaurer la dignité africaine sans remettre en cause l’influence persistante des religions abrahamiques, introduites lors de la conquête et de la colonisation, et qui ont contribué à la soumission spirituelle du continent pendant des siècles ? L’islam et le christianisme restent liés aux systèmes d’oppression qui ont légitimé la déshumanisation des Noirs et justifié la traite négrière, l’esclavage et la colonisation. Ces croyances sont en effet à l’origine du racisme dont les Noirs continuent d’être victimes.
Il est frappant de constater que nombre de dirigeants africains, y compris ceux du Burkina Faso, demeurent attachés à ces doctrines étrangères. Ce paradoxe fragilise la portée d’un projet de renaissance culturelle, car il est difficile d’espérer une véritable émancipation lorsque ceux qui la proclament restent soumis à des dogmes imposés. La libération culturelle passe nécessairement par une réappropriation de la spiritualité africaine, cette sagesse ancestrale que les systèmes coloniaux ont tenté d’anéantir.
Progrès à consolider
La création de l’IPN-Farafina représente un pas important. C’est une avancée que l’on ne saurait ignorer. Cependant, elle risque de rester un geste partiel si elle n’est pas accompagnée d’actes plus forts. Une renaissance réelle ne peut s’accommoder de demi-mesures. Elle exige un changement de cap profond, y compris dans le rapport au sacré.
Il est temps que les élites africaines assument cette rupture pour enfin établir une cohérence entre paroles et actes. L’Afrique ne pourra renaître que si elle affronte lucidement ce qui l’a brisée. Seule un abandon clair des systèmes idéologiques qui ont servi à la dominer permettra d’ouvrir un chemin nouveau.
Le panafricanisme et la renaissance culturelle ne doivent pas se réduire à des slogans creux. Ils exigent une transformation structurelle concrète, à un engagement ferme et à une reconquête affirmée de la souveraineté politique et culturelle de l’Afrique.
Axel Illary

